Année 2018-2019

Bac 2021 : évaluation permanente et diplôme maison (Reims)

Nous avons tous reçu dans nos casiers de la salle des profs une belle brochure du ministère pour nous expliquer comment aborder ce nouveau bac général et techno-logique en toute confiance !

Un contrôle continu sur deux années du cycle terminal : les devoirs habituels comptant dans la moyenne trimestrielle, les 3 séries de partiels en première (janvier et avril) en terminale (en décembre) et 6 épreuves terminales (l’EAF en fin de première écrit et oral) et 4 épreuves écrites en terminales pour deux enseignements de spécialité, une épreuve de philosophie et un oral préparé sur les 2 années sans oublier bien sûr les épreuves blanches ! Et, pour l’instant, on ne sait toujours pas comment seront évaluées les épreuves des sections européennes et internationales et les compréhensions orales en langues ???? De plus conserve-t-on les capacités expérimentales en sciences ? Car, quand bien même ces évaluations seraient intégrées aux 10% du contrôle continu issus du bulletin trimestriel, il faut dégager des plages horaires dans les établissements pour les organiser. Casse-tête assuré pour tout le monde ! En fait, l’intérêt de ce grand chambardement, c’est bien de faire reposer l’organisation (pour 40%) du bac sur les établissements et les enseignants. Autre interrogation, et non des moindres, les élèves peuvent bénéficier d’épreuves de rattrapage... Pour le bac actuel, les candidats empêchés (pour des raisons médicales certifiées) s’inscrivent à la session de rattrapage du mois de septembre. Mais dans la nouvelle formule ? Nous sommes tous confrontés à l’absentéisme d’élèves qui, à la veille d’un contrôle ou d’un bac blanc, échappent par tous les moyens à l’évaluation. Aurons-nous le droit d’exiger un certificat médical ? Faudra-t-il prévoir systématiquement des sujets de substitution ?

Mais le ministère l’affirme, il simplifie une organisation devenue trop complexe ! Pour les professeurs, il y a aussi des conséquences, que devient leur liberté pédagogique ? Puisque pour les 3 moments d’évaluation au cours de l’année de première et de terminale il faudra aboutir à la même progression dans nos cours, plus question de s’attarder sur un thème qui intéresse une de nos classes, plus question d’aborder le programme d’une manière plus personnelle puisque dès le mois de janvier de la classe de première il y aura épreuve commune. Et pour quelles indemnités ? Actuellement nous sommes indemnisés uniquement sur les épreuves terminales (copies et vacations orales), les évaluations en cours d’année ne sont pas payées, les collègues de langues vivantes le savent bien, pour les épreuves orales de compréhension, ils reçoivent parfois quelques HSE mais cela reste à la discrétion du chef d’établissement.

Évaluation permanente, tensions et pressions assurées autour des notes car même si le ministère assure que les copies seront anonymées, personne n’est dupe, les lycées aux faibles effectifs, ou bien les disciplines où il y a peu d’enseignants, ou tout simplement des élèves que nous aurons eu en classe de seconde, rien ne garantit le strict anonymat. Il y aura des pressions des parents, des élèves et des chefs d’établissement pour présenter des résultats conformes aux objectifs de l’établissement, un enjeu encore plus important car désormais ce n’est plus le bac qui ouvre l’accès au supérieur mais bien tout ce qui va se passer avant y compris pour l’accès à l’Université. Quant à la valeur du diplôme, il reposera sur le soupçon et la réputation. Si le résultat final repose en partie sur des épreuves corrigées localement, alors on soupçonnera certains lycées d’être moins exigeants que d’autres et la valeur du diplôme passé dans tel lycée sera déterminé par la réputation de ce lycée. Mais pour le ministre il s’agit d’installer l’École de la confiance. Je prétends ici que c’est plutôt le contraire qui s’annonce... et j’aimerais pouvoir me tromper.

Chantal Dupont

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