US Magazine 790 du 21 septembre 2019

Bac Blanquer : improvisation coupable

Le bac devient un monstre bureaucratique à mesure que les arrêtés, les circulaires et autres notes de service s’amoncellent. Avec des épreuves communes de contrôle continu (E3C) non organisées et des projets d’épreuves de Terminale au cadrage souvent incohérent, quel avenir pour le diplôme national ?

Avec des épreuves communes de contrôle continu (E3C) non organisées et des projets d’épreuves de Terminale au cadrage souvent incohérent, quel avenir pour le diplôme national ? Le ministère a beau convier les organisations syndicales pour discuter du cadrage des épreuves, il ne réunit jamais les conditions nécessaires au débat et empêche toute consultation en amont des collègues en ne communiquant les documents de travail qu’au dernier moment.

La main au local ?

Le ministère s’est enfermé dans une organisation complexe des E3C, coincé entre la nécessité de cadrage et la volonté de laisser la main à l’organisation locale. La mise en œuvre des E3C apparaît désormais comme bien aléatoire. Banques nationales de sujets toujours vides aux dires mêmes du ministère, organisation de la passation sur le temps ordinaire des cours, commissions académiques d’harmonisation sans calendrier connu, copies corrigées qu’il faut rendre aux élèves tout en les conservant trois ans, modalités indéterminées de la dématérialisation des corrections, toutes ces incertitudes plombent l’ensemble du système d’évaluation.

Incertitudes pour les épreuves de Terminale

Résultat des discussions entre les services du ministère et les inspections générales, les projets de note de service souffrent de la précipitation et des incohérences de la réforme du bac elle-même. Avancées en mars, les épreuves de spécialité ne concerneraient qu’une partie des programmes, sans que l’on sache si ce programme limitatif comporterait une liste de chapitres ou de thèmes, ou bien nécessiterait une adaptation des programmes spiralaires. Aucun programme limitatif ne semble cependant envisagé pour certaines disciplines comme les LLCER (langues, littérature, cultures étrangères et régionales). Des interrogations demeurent également sur les épreuves « d’oral de contrôle » : pour certains enseignements pluridisciplinaires il n’y aurait qu’un examinateur... Encore aujourd’hui, l’épreuve du Grand oral constitue l’angle mort du nouveau baccalauréat car nul ne sait comment ses modalités peuvent s’articuler avec les oraux ou les épreuves pratiques de spécialités qui auront lieu trois mois avant. Alors que la session 2021 commence dès le deuxième trimestre, les personnels et les élèves sont placés devant une équation à plusieurs inconnues.

Sandrine Charrier, Claire Guéville

LE POINT DE VUE DU SNES-FSU

Tout montre que la première session d’E3C s’annonce catastrophique mais le ministère continue de nier l’évidence, emmenant droit dans le mur toute une cohorte d’élèves et leurs professeurs, en accélérant à mesure que l’échéance se rapproche.
Le SNES-FSU continue d’impulser, de relayer et de fédérer les luttes contre les réformes Blanquer. Dans l’immédiat, il exige :
• la suppression de la première session de ces épreuves communes (E3C), et la transformation de toutes les épreuves de baccalauréat du 3e trimestre de Première en épreuves nationales ;
• l’abandon de la prise en compte du contrôle continu au baccalauréat et le retour à des épreuves nationales terminales ;
• l’application du décret sur les indemnités d’examen pour l’ensemble des épreuves du DNB et du bacca­lauréat.
Le bac Blanquer est construit selon la logique du « Teach to test », selon laquelle on enseigne dans le seul but d’avoir des bons résultats à des évaluations standardisées. Une telle logique conduit à une perte de sens de l’enseignement, à la fois pour les professionnels et les élèves, tous se trouvant alors pris au piège d’une course contre la montre pour se conforter aux impératifs de l’évaluation au détriment du temps nécessaire à la maîtrise des enseignements. Le SNES-FSU refuse cette logique et réclame une organisation des épreuves qui laisse le temps aux élèves et aux professeurs de construire leurs savoirs et leurs enseignements.

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