Lettres

Bac - français : maintien de l’oral Un non sens sanitaire et pédagogique !

Le vendredi 4 avril, le Ministre a annoncé un certain nombre d’aménagements pour les examens de fin d’année (DNB, baccalauréat, BTS). En raison des circonstances exceptionnelles liées à la crise sanitaire, les épreuves terminales sont annulées et remplacées par les notes de l’année sauf… pour l’oral de français en 1ère générale et technologique ! Ce dernier est maintenu, le ministre affirmant prendre en compte la situation de crise en réduisant le nombre de textes à étudier : 15 dans la voie générale, 12 dans la voie technologique. Pour le SNES-FSU, cette décision est incompréhensible au regard des enjeux sanitaires et pédagogiques du moment.

La sécurité et la santé des élèves et des personnels ne peuvent être garanties

Organiser des oraux, c’est rassembler un certain nombre d’élèves et de personnels dans les salles d’examen et/ou de préparation, les mettre en contact direct et donc les mettre en danger : par exemple, comment garantir la distanciation sociale dans le cadre d’un oral ?! A l’heure où tous les scientifiques alertent sur un effet rebond de l’épidémie en cas de déconfinement mal géré, il est incompréhensible qu’un oral d’examen soit maintenu dans ces conditions.

Pour les épreuves de Terminale, le ministre justifie le recours au contrôle continu par le caractère durable de cette solution qui ne peut être remise en question, quelle que soit l’évolution de la situation sanitaire. Cela permet d’éviter le flou lié à des annonces immédiatement contredites comme cela a trop souvent été le cas en début de crise, quand les déclarations du ministre étaient contredites par le 1er ministre ou le président à quelques heures d’intervalle. Mais la décision de maintenir l’oral de français est contradictoire avec ce principe : en effet, si la crise sanitaire devait durer, l’oral ne pourrait avoir lieu et les annonces du ministre en date du 4 avril seraient démenties ! Une nouvelle fois, la communauté éducative risque donc de connaître ordres et contre-ordres alors qu’une forme de lisibilité et de cohérence est indispensable pour tout le monde.

Enfin, toute la communauté éducative est éprouvée par la situation actuelle : l’épuisement est bien réel, avec des situations proches du burn-out professionnel. Pendant des semaines, les professeurs ont tout fait pour maintenir le lien pédagogique avec les élèves, en dépit d’outils institutionnels défaillants. La préparation de l’oral n’est déjà pas simple en classe, mais à distance, elle est un véritable casse-tête professionnel pour une profession déjà épuisée.

Un non-sens pédagogique pour les élèves et les personnels

Le nombre de textes demandés est important, notamment dans la voie technologique. Atteindre les 15 textes demandés dans la voie générale et 12 dans la voie technologique imposerait de travailler de nouveaux textes à distance, ce qui est impossible pour bon nombre d’élèves et professeurs (situation matérielle ou personnelle, dont la maladie) et donc amplifierait les inégalités (comme le montrent tous les témoignages de ces dernières semaines). Et ce ne sont pas les quelques heures de programmes « Nation Apprenante » qui vont remplacer les cours d’un professeur !

Quant au 3eme trimestre en retour de confinement, s’il a lieu, il s’agira avant tout de retrouver des repères scolaires et de travail collectif. L’objectif ne doit pas être la course aux notes et aux apprentissages dans laquelle les élèves décrocheurs pendant le confinement, souvent les plus éloignés de l’école, auront bien du mal à reprendre le rythme. De manière plus générale, le ministre semble oublier toutes les alertes qui montrent l’état de fatigue et de tensions de tous : professeurs, élèves, familles. Dans ces conditions, imposer une reprise, dans des conditions incertaines, entièrement tournée vers la préparation d’un examen (travail sur les textes, appropriation des descriptifs etc.) est un non-sens pédagogique.

Le ministère fait valoir qu’il n’est pas possible d’utiliser deux fois les notes de l’année : les moyennes de l’année seraient utilisées pour remplacer la note de l’écrit, mais ne pourraient remplacer aussi la note de l’oral. Pourtant les notes du 1er et 2eme trimestre comportent bien des notes d’oral ! Dans les circonstances exceptionnelles de la crise actuelle, des solutions peuvent être trouvées. Le ministre doit rapidement revenir sur sa décision et reprendre les discussions avec les organisations syndicales.

Pour le SNES-FSU, pour l’oral de français, comme sur tous les dossiers en cours, la priorité est la santé et la sécurité et des personnels. Nous continuons d’intervenir dans ce sens.

Autres articles de la rubrique Lettres