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Un film de Cristian Mungiu (Roumanie, France, Belgique)

"Baccalauréat" Sortie en salles le 7 décembre 2016.

Roméo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, nourrit des ambitions pour les futures études de sa fille. Il a mis tout en œuvre pour qu’elle puisse intégrer une université anglaise prestigieuse

Rien, à priori, ne devrait venir contrarier ses projets puisqu’Eliza est une excellente élève et que l’obtention du baccalauréat, passeport pour confirmer l’admission, ne devrait pas poser de problème.

Mais la veille de l’examen, Eliza se fait agresser. Elle est traumatisée, blessée au poignet droit et le sésame ouvrant sur les brillantes études projetées est subitement hors de portée.

Déstabilisé par la remise en question du projet de voir sa fille faire sa vie hors de Roumanie qui lui tenait tant à cœur, Roméo oublie tous les principes de rigueur morale et entre dans un dédale d’interventions douteuses, qui devraient compenser le handicap physique et moral d’Eliza.

Cinéma : Baccalauréat

Le film de Cristiani Mungiu s’ouvre sur l’image d’un quartier ordinaire à la périphérie d’une ville de Roumanie. Les immeubles de béton, des travaux de terrassement en cours, la grisaille ambiante imposent d’entrée le poids d’une atmosphère irrespirable. C’est là que vivent, au rez-de-chaussée Roméo Aldea, Magda sa femme qui a dû être autrefois très jolie et Eliza, leur fille qui doit passer les épreuves du baccalauréat le lendemain.

Le décor planté, Cristiani Mungiu présente, dans la monotonie d’un début de journée, ses personnages à la lumière d’un incident mystérieux : la projection d’une pierre contre une vitre de l’appartement.

A cet acte de vandalisme mineur dont on ne connaîtra ni l’auteur, ni les raisons, va succéder, un acte d’agression dont est victime Eliza que son père a laissée non pas devant mais à proximité de son lycée pour aller au plus vite rejoindre sa maîtresse, Sandra, qu’il rencontre clandestinement.

Le réalisateur dresse le portrait d’un pays au lourd passé et au morne présent à travers les décors, la marge réduite des possibilités, l’étroitesse des perspectives, la chape des impossibilités mais également et, peut-être surtout, à travers l’acharnement que montre Roméo à vouloir que sa fille quitte la Roumanie. Son désir est tel de la voir aller vivre en Angleterre (" quand tu te promèneras aux Kensington Gardens, tu seras libre et épanouie, le contraire de ce qui t’attend ici ") qu’il passe outre la douleur de la séparation et les risques de l’inconnu.

Magda est peut-être, de tous, le personnage le plus pathétique. Son visage fatigué, les vêtements informes qu’elle porte sur elle ont des airs de résignation et c’est peut-être elle qui porte le plus lourdement les déceptions de l’après-Ceauscescu.

Si à l’époque communiste, les compromissions étaient un mécanisme de survie, elles sont aujourd’hui le fait d’une classe dominante qui agit par intérêt et qui semble avoir les coudées franches pour le faire.

Car, en dehors de cette poignée de privilégiés, les roumains vivent dans une société dépressive et désillusionnée et tout prête à penser que, déçu de l’après-communisme, Roméo qui veut pour sa fille une vie meilleure hors du pays, n’est pas un cas isolé.

Roméo qui bénéficie d’une très bonne réputation, aurait pu, en qualité de médecin, saisir les opportunités, transgresser les règles et s’enrichir.

Or, ce n’est surtout pas dans un but économique qu’il entre dans la spirale des compromissions.

Cristiani Mungiu a-t-il voulu, dans sa toute dernière partie, donner à son film une note optimiste en écartant Eliza des tractations douteuses des adultes (elle annoncera à son père que si elle a obtenu une rallonge de temps pour finir ses épreuves, ce n’est pas par piston, mais parce qu’elle a su émouvoir les examinateurs).

Mais ce n’est pas tant qu’Eliza soit sortie sauve de cette histoire qui rassure sur la suite, c’est plutôt le sourire qu’elle arbore au moment de la photo de groupe, le seul qu’on ait pu voir apparaître sur un visage, tout au long du récit.

Un œuvre puissante magistralement construite et interprétée.

Francis Dubois

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