Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 6 décembre 2014.

"Bad Little Bubble." Composition et mise en scène Laurent Bazin.

Une jeune femme vêtue d’un jean et d’un sweat fait l’inventaire des différentes parties de son corps. Elle accompagne l’énumération en les désignant chacune, d’un doigt gracieux. A un rythme accéléré ou au contraire, avec une certaine délectation à prononcer les mots.

Puis elle renouvelle l’énumération mais entre temps, elle s’est dévêtue : "mon oreille, mon front, mon coude, mes fesses, ma chatte, mon cul…"

Le ton est définitivement donné quand ses trois comparses qui se tenaient en retrait, à leur tour dénudées, reprennent dans un exercice chorégraphique, la désignation par le détail de leur anatomie.

Théâtre : "bad little bubble"

Le spectacle conçu par Laurent Bazin met notre voyeurisme à l’épreuve.

Il nous l’impose, nous y invite, nous laisse le choix de nous y laisser prendre ou pas.

Mais la vitalité créatrice de ce peep-show aussi euphorique qu’audacieux, le rythme toujours surprenant de l’enchaînement des scènes nous éloignent du sujet équivoque, pour nous proposer un véritable exercice de théâtre.

"Bad Little Bubble" est-il un spectacle pornographique ou érotique ?

La nudité des corps, le naturel désarmant avec lequel les comédiennes jouent le jeu, la verdeur du texte surprennent dans un premier temps, mais ne sont jamais dérangeants.

C’est peut-être, à mi-temps du spectacle, grâce à un intermède qui rend compte du déroulement de la journée d’un séminaire sur le thème de la pornographie qui sert d’articulation au spectacle, que "l’exercice" se libère vraiment.

Dorénavant, sur le plateau, on ne connaîtra aucune limite et c’est comme s’il était offert à chaque spectateur de décider de son propre mode d’emploi ; en quelque sorte, de prendre ses responsabilités, de trancher entre différentes options : être un voyeur, assister à un spectacle de pure pornographie, ou d’érotisme, ou être face à un moment de théâtre comme un autre à la différence qu’on s’y montre nu.

La diversité des tonalités théâtrales utilisées, parfois en totale rupture de ton d’une séquence à l’autre, depuis l’exercice chorégraphique jusqu’au burlesque (un duo de fessiers irrésistible) en passant par les des clins d’œil à la bande dessinée, ou par le sérieux de la lecture du programme d’une journée de séminaire en présence d’éminents spécialistes de "la pulsion" pornographique donne au spectacle le mouvement qui lui convient.

Le spectacle de Laurent Bazin jette-t-il le doute sur les idées toutes faites que trimballe le sujet ?

La pornographie reste-t-elle une provocation à inventer ?

Le spectacle pose une autre question : comment rhabiller de vêtements d’humanité quelqu’un qui s’est dénudé ?

Une curiosité que ce " Bad Little Bubble"  ?

Non. Un vrai et audacieux travail théâtral sur un sujet pas tout à fait comme un autre.

Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin Roosevelt 75 008 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr

Prix du Jury Festival Impatience 2013, le spectacle " Bad Little Bubble " sera repris du 9 au 13 décembre 2014 au "CENTQUATRE-PARIS"

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Pièce en plastique »
    Dans cette pièce écrite en 2015, Marius von Mayenburg met en scène une famille, bien installée socialement, dont il excelle à montrer les rêves avortés, les contradictions, les frustrations et le mal... Lire la suite (20 octobre)
  • « Le poète aveugle »
    Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La... Lire la suite (20 octobre)
  • « Haskell Junction »
    C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par... Lire la suite (19 octobre)
  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)