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Un film d’Alex de la Iglesia (Espagne)

"Balada triste de trompeta" Sortie en salles le 22 juin 2011

Dans leurs cages, les singes du cirque s’agitent et vocifèrent. A travers le pays, les hommes s’entretuent. La guerre civile qui secoue l’Espagne est meurtrière et l’armée républicaine recrute de force pour gonfler ses rangs.
C’est ainsi que le clown Auguste se retrouve, encore vêtu de son costume de scène, au milieu d’une bataille où il finira par tuer aveuglement à coups de machette, avant d’être capturé et tué.
Quelques années plus tard, l’Espagne est sous le joug de la dictature.
Javier, le fils du clown Auguste qu’on avait vu enfant, se fait embaucher dans un cirque ambulant en tant que clown triste. Il se trouve entouré de tout un panel de personnages singuliers : l’homme canon, le dompteur d’éléphants, un couple en crise, des dresseurs de chiens mais aussi, un autre clown violent, cruel, rongé par la haine et le désespoir.
L’un et l’autre vont rentrer en rivalité pour l’amour de la belle et redoutable Natalia, l’acrobate du cirque.
Alex de la Iglesia a, selon ses propres propos, réalisé ce film pour se libérer du poids d’un passé confus dont il garde un souvenir à la fois merveilleux et triste et pour se débarrasser de la nostalgie dérangeante et persistante qui en a découlé. L’homme qu’il est devenu n’étant jamais parvenu à s’accommoder de sa propre enfance.
Situer ce conte cruel sur l’amour, le désir et la mort dans le cadre d’un cirque était un choix à double tranchant. Ce contexte, avec ce qu’il comporte de poétique, d’étrange, de charge émotionnelle, convenait bien à la mécanique douloureuse du récit.
Des personnages à priori pacifistes comme ceux de clowns sont ici réduits à la haine. Ils se révèlent cruels et sans concession dès l’instant où ils sont mis en rivalité amoureuse.
Et l’étrange récit qui est proposé, dans sa violence et dans son étrangeté, revient à une métaphore de l’Espagne, pays profondément marqué par son histoire.
Les personnages sont pris dans une sorte d’escalade de la souffrance. Javier, rongé par un désir de vengeance qui l’empêchera de trouver le bonheur, ira jusque dans la folie, seul refuge à la hauteur de son orgueil sur dimensionné.
Sergio, individu violent, frustre et irrationnel perdra son pouvoir en ne reconnaissant plus dans le miroir, son visage défiguré. Et Natalia, acculée à un abîme sans fond, réduite à choisir entre deux monstres, perdra pied au moment même où elle aura tranché entre la vérité de l’amour et l’ambiguïté du sexe.
Alex de la Iglesia va chercher la méchanceté de la nature humaine jusque dans ses retranchements mais le cadre qu’il a choisi pour conduire son récit, le grossissement des personnages pris dans leur souffrance, l’humour dont il ne se départit pas, même s’il est grinçant, apportent à "Balada triste de trompeta" une beauté brute et un charme singulier.
Une œuvre dans la pure tradition du cinéma espagnol.
Francis Dubois

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