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Un film de Sebastien Lifshitz (France)

"Bambi" Sortie en salles le 19 juin 2013

Depuis sa petite enfance à Alger, Marie-Pierre (elle refuse obstinément son prénom de Jean-Pierre) ne veut porter que jupes, robes et accessoires féminins.

A 17ans, survient la véritable révélation quand elle assiste à la revue d’un cabaret de travestis en tournée : Le Carrousel de Paris.

Obéissant à ses préférences, passant outre les barrages familiaux et sociaux, elle deviendra en quelques années, Bambi, figure mythique des cabarets parisiens de années 50-60.

En recueillant le témoignage d’une des premières transsexuelles françaises, Sébastien Lifshitz poursuit d’une certaine façon le travail commencé avec "Les invisibles".

Lorsqu’à l’occasion d’un festival du film où ils sont jurés, le cinéaste rencontre Bambi, il sait très vite qu’il fera un film sur elle. Son parcours quoiqu’il advienne, quelque soient les embûches et les périls, l’histoire de sa transformation à une époque où une telle chose paraissait inconcevable qui plus est, au sein d’une famille pied-noir plutôt traditionnelle, que rien ne préparait à vivre une telle "épreuve", était pour lui un premier argument.

L’autre étant la personnalité de Bambi, petite bonne femme, directe et drôle, capable de raconter son histoire de la façon le plus naturelle qui soit avec ce tact, cette spontanéité, ce charme qui n’appartiennent qu’à elle.

Comme dans " Les invisibles" où il interrogeait des septuagénaires et octogénaires qui avaient tenté et parfois réussi à vivre leur homosexualité, leurs vies en couples, à une époque où la société hostile allait jusqu’à parler, les concernant, de maladie mentale, Sébastien Lifshitz interroge Bambi sur son histoire de "garçon-fille". Si le cinéaste montre beaucoup de talent pour recevoir ses révélations, pour filmer avec sensibilité la personne, inclure à leur bonne place archives et photographies, il a surtout face à lui un être d’exception.

On retrouve encore, dans la façon de dire de Bambi, dans sa façon de tourner les phrases, dans la lueur qui anime son regard, dans ses économies de gestes, l’essence même de cette force qu’il aura fallu à sa détermination pour devenir ce qu’elle avait toujours voulu être.

Car Bambi est une sage. Jean-Pierre n’est pas devenu une femme pour mener une vie dissolue, et lorsqu’elle a senti que son charme commençait à se faner, elle a courageusement passé le baccalauréat, puis fréquenté les bancs de la faculté pour devenir, et ceci pendant vingt-neuf ans, un professeur de français qui a beaucoup aimé son métier.

Elle aura autant aimé les paillettes, les projecteurs, les applaudissements du public que le pupitre sur l’estrade, l’anonymat du professeur ordinaire.

Bambi n’a jamais voulu s’engager dans une action militante ou politique mais depuis une dizaine d’années, en racontant sa vie (un livre paru et maintenant un film), elle survient à point nommé dans les sujets qui sont restés brûlants.

Un très beau film, émouvant, confondant de naturel. Un magnifique portrait.

Francis Dubois

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