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Un film de Mehran Tamadon (France-Suisse)

"Bassidji" Sortie en salles le 20 octobre

Bassidji signifie, en persan, être mobilisé pour défendre une cause. Les Bassidji sont devenus, après la guerre contre l’Irak, le principal soutien populaire au pouvoir de la République islamique. Leur rôle est de défendre une société vertueuse. En même temps qu’ils se consacrent à aider les plus démunis et à intervenir sur des événements ponctuels, catastrophe sanitaire, tremblement de terre, ils veillent au respect et à la promotion des valeurs religieuses et des bonnes mœurs.
Au fil du temps, les Bassidji sont devenus des organes de répression vis à vis de ceux qui ne se reconnaissent pas dans le système religieux. Il leur arrive d’intervenir directement dans les rues des villes pour contrôler le port du voile ou réprimer les jeunes couples non mariés.

Les Bassidji sont une organisation très décentralisée et très hiérarchisée. Dans une seule ville, il peut y avoir plusieurs départements de Bassidji quadrillant chaque quartier. Leurs bases sont le plus souvent situées à proximité des mosquées, dans les universités, dans les administrations. Mais si elles dépendent globalement de l’armée, ces organisations peuvent dépendre aussi du Ministère où elles résident. Ainsi, la base située à l’aéroport de Téhéran est rattachée au Ministère des transports et celui de l’Université, au Ministère de l’Enseignement supérieur.
Après seize ans d’absence, Mehran Tamadon est retourné en Iran. En 2002, il assiste à une cérémonie en l’honneur de l’Imam Hossein, chiite mort en martyr il y a 1300 ans et se retrouve en présence de Bassidji réunis pour leurs dix nuits de deuil traditionnelles. Il y rencontre deux responsables du mouvement qui acceptent d’être filmés : Nader Malek-Kandi qui dirige une maison d’édition de livres de propagande religieuse et Mohammad Pourkarim, un jeune homme de 28 ans très militant qui passe beaucoup de temps dans le Bassidj de son quartier et qui lutte ardemment contre les risques de voir la société iranienne tendre vers des valeurs non religieuses.
Ni l’un ni l’autre ne rechignent à se retrouver face au réalisateur, un iranien vivant en France, athée, et fils de militants communistes sous le Shah. Un dialogue se noue et on prend alors la mesure du mécanisme souterrain et des subtilités de leur démarche militante. Il y a entre le discours, la bonhomie, l’apparente tolérance du propos et les actions répressives de l’organisation, une différence considérable. Ils font preuve d’une telle conviction pour convaincre qu’ils sont de redoutables interlocuteurs.
Entre jeu de séduction et de rhétorique, les moments de sincérité et la réalité du système, jusqu’où les convictions de chacun sont-elles prêtes à s’assouplir pour approcher et séduire l’autre ?
Un film passionnant et nécessaire sur de redoutables prédateurs.
Francis Dubois

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