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Un film de Julien Donada (France)

 "Beau Rivage" Sortie en salles le 4 janvier 2012

Pourquoi Michel Matarasso, commandant de police au bout du rouleau, veut-il à tout prix obtenir d’un médecin un arrêt maladie de trois semaines ? Pourquoi, ce temps libre, quand il en dispose, il le passe à arpenter les pièces de son appartement, ou à observer, de son balcon, ses voisins dans leurs activités quotidiennes ?

C’est ainsi qu’il remarquera, à moitié caché par un muret, le corps immobile d’une femme étendu sur une serviette de plage.

Il n’aura aucune difficulté, en tant de policier, à obtenir le double des clés de l’appartement auprès du gardien d’immeuble, et une fois sur les lieux, constatera le décès de la jeune femme.

Michel Matarasso connaissait-il Sandra Bandini, médecin de son état ? A-t-il eu avec elle une liaison, ou bien, à partir de la découverte du corps, aura-t-il imaginé de toutes pièces une relation amoureuse partagée ?

D’entrée, le personnage du policier est passionnant. Il l’est essentiellement par les zones d’ombre qu’il traîne à ses basques, les questions que son comportement déclenche, ses gestes, ses regards, l’air de savoir où le conduisent ses pas. Les activités auxquelles il s’adonne sont pourtant des plus anodines. Un moment au comptoir du bistrot où il a ses habitudes, un tour au hasard des rues de la ville, une visite à une vieille amie à laquelle il a préféré sa fille pour une liaison amoureuse, une cascadeuse de cinéma qui travaille aux studios de la Victorine.

Malgré ses relations, ses connaissances, une jeune femme très attachée à lui, Michel Matarasso est un homme seul. C’est un homme dont la solitude est la nature profonde, qui s’en satisfait pleinement. Et c’est peut-être pour laisser le champ libre à son imagination, au monde parallèle dont il peut, à l’occasion, déclencher le mécanisme, qu’il a dépouillé de tout engagement, de toute implication profonde, sa relation aux autres.

Julien Donada tient sa caméra dans le sillage de cet homme dont la singularité tient à ce qu’il a de plus ordinaire, et c’est peut-être dans la bonne distance qu’il établit avec son personnage que s’installe l’intérêt du récit, que le moindre de ses gestes, de ses regards se chargent de cette ambigüité, de cette étrangeté qui conduisent à la folie ordinaire, celle qui se fond dans le quotidien et qu’aucun acte saillant ne dénonce.

Le film repose sur la présence d’un comédien atypique du cinéma français, Daniel Duval. Ses premières réalisations " Le voyage d’Amélie" en 1974 ou "L’ombre des châteaux" sont des œuvres sensibles et personnelles et c’est peut-être à cause de son 3ème film, "La dérobade" en 1979, qu’on va le cantonner par la suite dans des rôles de mauvais garçons.

La partition que lui a confiée Julien Donada lui permet de rompre avec l’emploi dans lequel le place Olivier Marchal dans "Les Lyonnais", et de le rendre à sa vraie mesure, celle d’un comédien sensible et discret.

Une œuvre attachante. Un film " à l’ancienne" au charme certain…

 

Francis Dubois

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