Nouvelles internationales

Belgique, l’autre pays de la continuité pédagogique

Alors que tous les établissements scolaires ont été fermés, Philippe Dolhen, Secrétaire en charge de l’enseignement obligatoire au sein de la CSC-Enseignement (43 000 adhérents) nous livre son analyse de la "continuité des apprentissages et évaluations" définie dans la circulaire 7515 du 17 mars communiquée par la Ministre de l’éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

US : Quel est votre avis sur le contenu de ce texte ?

PD : Le texte tente de fixer des balises « dans un souci d ’assurer une égalité devant les apprentissages » La CSC- Enseignement aurait préféré un autre mot que “apprentissages” puisque les activités ne peuvent en aucun cas concerner l’acquisition de nouvelles matières. Si nous soutenons que le maintien, par des moyens mis en place par l’équipe éducative, d’un lien entre tous les élèves et l’école est bénéfique durant cette période, nous estimons que ces moyens ne peuvent en aucun cas créer de la concurrence entre les écoles ni entre les membres du personnel ! Les activités ne peuvent pas aborder de nouvelles matières. Il faut être certain que 100% des élèves disposent du matériel informatique permettant de réaliser les activités proposées. Et il faut également tenir compte de la situation familiale et du contexte actuel.

« Des travaux à domicile peuvent être prévus. Les modalités sont laissées à l’appréciation des équipes éducatives … »

Tous les mots ont leur importance : “appréciation” et “équipe éducative”. Ce ne sont donc pas les PO (Pouvoir organisateur = employeur) qui décident !

« Le travail doit donc pouvoir être réalisé en parfaite autonomie » Nous sommes en situation de crise sanitaire. Certains élèves sont plus touchés émotionnellement que d’autres. Il faut en tenir compte.

« Si des supports papier sont distribués, tout doit être mis en place sur le plan organisationnel pour garantir un accès à tous les élèves »

Au vu du confinement, il est hors de question que des élèves se présentent à l’école pour venir chercher ou ramener du travail ni pour obtenir des explications complémentaires. Il est hors de question que les professeurs amènent le travail aux élèves. La poste reste pour les écoles le seul moyen de transmettre des supports papier. Par contre, il n’est pas concevable de demander aux élèves de renvoyer des documents.

US : Quelles autres recommandations avez-vous faites ?

PD : Rien n’oblige un élève à réaliser le travail à domicile (il peut être empêché par différents motifs, y compris la maladie). Aucune sanction ne pourra être prise envers un élève qui n’aurait pas réalisé les travaux. Aucune évaluation sommative ne pourra être réalisée sur base des travaux à domicile proposés. On parle uniquement d’évaluation formative. Pour résumer, la crise actuelle ne pourra pas avoir de conséquences sur la scolarité des élèves. Plusieurs passages de la circulaire nous interpellent, car ils peuvent porter à interprétation Par exemple : « … pour maintenir un lien social avec et entre les élèves autour des travaux proposés, pour autant que chacun puisse y participer » ou encore le caractère « proportionné » des travaux prévus.

C’est pourquoi il nous semble indispensable d’insister sur l’importance de réunir les organes de démocratie sociale afin d’apporter les précisions nécessaires et adaptées à chaque situation locale. Nous sommes bien dans le cadre de mesures qui impactent les conditions de travail des membres du personnel. Il serait bon de fixer des règles en matière de communication “quand et comment l’enseignant peut-il être contacté ?”À ce titre, il nous parait également important de rappeler qu’une circulaire émanant de l’autorité doit être respectée par tous.
 
US : Que pensez-vous de l’action éducative en général ?

PD : La Belgique est un pays complexe. L’enseignement y est communautarisé. Nous travaillons en Fédération Wallonie-Bruxelles (cela reprend les écoles francophones de Wallonie et de Bruxelles). Le gouvernement de notre Communauté est en place depuis le 17 septembre 2019 et compte deux ministres dédiées à l’enseignement. L’une est en charge de l’enseignement obligatoire. Elle continue la mise ne place de la réforme de l’enseignement mise en place par sa prédécesseuse : le Pacte pour un enseignement d’excellence. Le Pacte est une réforme systémique qui inclut tous les acteurs de l’école. Tous les acteurs de l’enseignement ont été concertés dans ces moments difficiles. L’autre a la responsabilité de l’enseignement non obligatoire (hautes écoles et universités entre autres). Les organisations syndicales n’ont pas été consultées. Le front commun a réagi par communiqué en exigeant une concertation.

Autres articles de la rubrique Nouvelles internationales