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Un film de Rebecca Zlotowski (France)

"Belle Epine" Sortie en salles le 10 novembre

Prudence est une lycéenne de dix sept ans. Sa mère est morte récemment et son père, souvent absent pour son travail. Elle se retrouve seule dans l’appartement une fois de plus et, pour tromper l’ennui, invite chez elle Marilyne, une amie du Lycée qui n’a pas froid aux yeux, qui est tout son contraire et une habituée du circuit sauvage de Rungis ou tournent, défiant tous les dangers, de grosses cylindrées et de petites motos trafiquées.

Prudence s’invite à Rungis. Elle est très vite fascinée, comme elle le pressentait, par l’atmosphère qui règne et par la bande du circuit. Elle rencontre Reynald et Franck et bien d’autres. Auprès d’eux, elle essaiera de faire passer sa solitude pour de la liberté.
"Belle épine" est le beau portrait d’une jeune fille en apparence douce, toute en force contenue, contrainte à la solitude, qui observe avec insistance et un constant intérêt, le monde autour d’elle, comme pour n’en rien perdre, en retenir à la fois l’essentiel et le superflu. Prudence fera-t-elle de ceux qu’elle observe si soigneusement ses modèles pour "devenir" ou bien cherche-t-elle à y voir le contre exemple, tout ce qu’il y a, chez eux, de nocif et de dangereux ?
C’est un film singulier dont la rigueur du récit et des images le fait échapper à toute influence, une œuvre rigoureuse qui pourrait faire date et offrir une sorte d’arrêt sur image exemplaire, juste et sans concession d’une certaine jeunesse de la fin du 20ème siècle, dont les tâtonnements tant sur le plan affectif que sur le plan social, révèlent la difficulté à se construire et à être soi-même. Ici le plaisir de la moto, qu’on la pratique ou qu’on s’enivre de l’atmosphère qu’elle engendre, est prétexte à des comportements d’indifférence affectée, à des postures viriles ou désabusées.
L’accès à la vie d’adulte pour Prudence devait passer par là et c’est sa grande curiosité des autres qui, en dépit de son apparente absence d’expressivité, l’aidera à éclore tout doucement, le moins douloureusement possible, en puisant dans sa réserve de force.
Le personnage de Prudence -le plus beau rôle à ce jour pour Léa Seydoux- occupe le terrain. Il est de tous les plans et laisse peu de place aux autres même si, en deux ou trois brèves apparitions, Anaïs Demoustier impose la silhouette précise d’une jeune fille d’une autre trempe ou si Johan Libéreau en peu de scènes donne le portait juste d’un garçon saisi par son goût des apparences…
La photo s’accorde parfaitement au propos. Elle est rapide, fuyante pour témoigner d’un monde insaisissable, rude et ombreuse pour rendre le mystère des intériorités complexes. Elle est douce lorsqu’elle saisit le visage de Prudence, son regard soyeux posé sur ce et ceux qu’elle a cherché à voir de près.
"Belle épine" n’est pas un film de plus sur un groupe de jeunes gens. C’est une œuvre originale et la peinture cruelle d’un moment du jeune âge. L’insouciance n’est qu’apparence et le drame, lui, quand il survient, engendre, quel que soit le contexte, les mêmes douleurs.
Francis Dubois

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