Actualité théâtrale

Jusqu’au 7 mars au Théâtre de la Cité Internationale

« Benjamin Walter » Réduc’Snes

Frédéric Sonntag part sur les traces d’un jeune auteur, Benjamin Walter, parti sans laisser d’adresse en 2011. Il veut faire un documentaire sur ce jeune écrivain disparu et envoie des traces de ses découvertes aux comédiens et musiciens qui travaillent avec lui sur le projet. Il se fait détective flâneur. Sa recherche va le conduire à parcourir des milliers de kilomètres, de Lisbonne à Lisbonne en passant par Helsinki, Copenhague, Berlin, Prague, Rome, Sarajevo sur les traces du disparu. Ce Benjamin Walter doit bien avoir un rapport avec Walter Benjamin, le célèbre philosophe, traducteur, critique littéraire et critique d’art allemand qui, fuyant les Nazis, s’est suicidé en 1941 à Port-Bou en Espagne et dont ni la dépouille, ni la serviette, dont il disait qu’elle contenait « le manuscrit le plus important de sa vie », n’ont jamais été retrouvées.

Théâtre : Benjamin Walter

La recherche de Frédéric Sonntag, auteur et metteur en scène de la pièce, se fait enquête policière sur les traces laissées par Benjamin Walter dans les villes qu’il a traversées et où il trouve aussi les traces du philosophe célèbre, sa rencontre avec Brecht et leurs parties d’échecs par exemple. La quête se construit dans le labyrinthe des villes, celles dont parle Walter Benjamin, mais aussi dans celui des textes littéraires et des citations où les époques se télescopent. On y croise Deleuze, Brecht, Kafka, Baudelaire, Roberto Bolaño, Aby Warburg et son atlas Mnémosyne, Pessoa et quelques autres.

Frédéric Sonntag, le personnage, reste en relation avec les comédiens et musiciens restés à Paris par les moyens les plus modernes mais aussi avec des cartes postales, des lettres. Ceux-ci répètent et créent avec les bribes d’informations qu’ils reçoivent et pallient les silences momentanés de Frédéric, parfois empêché, en exprimant leurs désirs et en laissant libre-cours à leur imagination. L’auteur offre une mise en abyme assez vertigineuse de la création d’une pièce. Il y a le voyage de Frédéric sur les traces de Benjamin Walter qui se télescopent avec celles de Walter Benjamin, l’écriture de la pièce confrontée à la question du vrai, mais qu’est-ce que le vrai. Dans la mise en scène il y a la trace d’une véritable enquête policière, avec un mur des investigations où ce qu’on sait est relié par des fils, mais aussi une enquête littéraire avec des portraits d’écrivains et des images vidéos qui renvoient aux villes traversées, aux personnages rencontrés ou dont Frédéric a trouvé la trace. Les comédiens sont aussi musiciens et chanteurs. La parole circule avec fluidité, d’un comédien à l’autre, d’une langue à l’autre et les ballades nostalgiques apportent des moments de respiration bienvenus.

L’ambiance créée par ce projet placé sous le signe de l’errance, de la littérature et de la mémoire est assez fascinante. On voyage à travers ce livre qu’est l’Europe. On se laisse séduire par le jeu des citations qui se répondent pour nous entraîner toujours plus loin mais, au bout de trois heures et demie, on sort un peu épuisé et rêvant d’un propos qui, plus resserré, eut davantage marqué nos esprits.

Micheline Rousselet

Lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi à 19h30, dimanche 5 mars à 16h

Théâtre de la Cité Internationale

17 Boulevard Jourdan, 75014 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 13 50 50

www.theatredelacite.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Veillée de famille »
    Deux frères et une sœur autour de la cinquantaine vont et viennent, discutent de tout et de rien pendant que de l’autre côté du couloir, leur vieille mère agonise. La conversation les conduit au bout... Lire la suite (21 mars)
  • « Le pays lointain »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens, comme dans Juste la fin du... Lire la suite (21 mars)
  • « Madame Pink » Comédie d’Alfredo Arias et René de Ceccatty
    Pour rompre avec la monotonie de sa vie conjugale, madame Pink, une grande bourgeoise excentrique, décide un jour d’adopter un caniche. Or, le petit chien Roxie ira bien au delà des espérances de sa... Lire la suite (20 mars)
  • « Qui a tué mon père »
    C’est à la demande de Stanislas Nordey, acteur et metteur en scène reconnu, que Édouard Louis a écrit ce texte. C’est à une réconciliation avec ce père honni dans En finir avec Eddie Bellegueule que... Lire la suite (20 mars)
  • « Et ma cendre sera plus chaude que leur vie »
    Marina Tsvetaeva, qui connut un destin tragique, est une des plus grandes poétesses russes de la première moitié du XXème siècle. Son destin suit l’histoire russe. Son mari épouse d’abord la cause des... Lire la suite (19 mars)