Actualité théâtrale

Jusqu’au 27 septembre au théâtre Les Déchargeurs, partenaire Réduc’Snes

« Bernard Sobel, Carte blanche » Guan Hanqing et Richard Foreman

Le théâtre des Déchargeurs offre en ce mois de septembre une carte blanche au metteur en scène Bernard Sobel. Celui-ci y reprend, à 18h30, deux courtes pièces d’un auteur chinois du XIIIème siècle, créées en 2007. Il les associe à la création de deux pièces de l’Américain Richard Foreman, jouées à 21h qui nous ont semblé bien moins convaincantes.

Dans les deux fables chinoises, on trouve tout ce qui faisait la signature des choix de Bernard Sobel, des êtres humains qui cherchent à s’émanciper de la domination d’une société injuste, des femmes qui cherchent à échapper à la tyrannie des hommes. Dans la première pièce, Sauvée par une coquette , une fille-fleur du quartier des plaisirs de Bianlang, négligeant l’amour d’un jeune lettré pauvre, se marie avec l’arrogant fils d’un sous-préfet pour échapper à sa condition, en dépit des avertissements de sa sœur qui lui dit que « la fille qui épouse est condamnée à être trompée ». Rapidement soumise au mépris et aux coups de son mari, elle appelle au secours sa sœur, qui fine et intelligente saura la tirer de ce mauvais pas et la justice sera rendue au profit des deux femmes.

Dans Le rêve du papillon, c’est encore d’un jugement qu’il est question, celui de trois jeunes gens pauvres qui ont tué le jeune homme riche et bien né qui a tué leur père par caprice. Ils semblent avoir ainsi compromis tous les efforts qu’ils avaient, ainsi que leurs parents, consentis pour préparer les examens de hauts fonctionnaires qui leur auraient permis d’échapper à leur condition. Mais on verra comment le rêve d’un juge, l’amour d’une mère, la solidarité fraternelle et la compassion peuvent apporter des surprises.

Si anciens qu’ils soient, les deux textes trouvent écho en nous lorsqu’on entend cette fille-fleur dire « Je vis dans le luxe, mais à quoi bon ? » ou lorsque la mère désespérée dit « à quoi bon étudier, des crapules tiennent le haut du pavé ». Les textes sont simples et percutants. La scénographie, les lumières et les costumes sont particulièrement beaux. Les personnages évoluent dans un cube blanc immaculé. L’harmonie de noir et blanc - longues robes blanches et cheveux lisses noirs de jais des actrices, robes blanches et bonnets noirs carrés des hommes – n’est rompue que par les nez de clown rouges du garçon de course et du roué garçon d’auberge. On est sous le signe du yin et du yang. Les comédiens, tous très jeunes, confèrent à ces fables une fraîcheur séduisante. Et quel bonheur de voir deux pièces qui donnent confiance en l’homme et qui font la part belle à l’intelligence des femmes.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30

Théâtre Les Déchargeurs

3 rue des déchargeurs, 75001 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 00 50

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Dans les forêts de Sibérie »
    Après avoir voyagé à vélo autour du monde, puis marché à travers l’Himalaya, chevauché dans les steppes d’Asie Centrale, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson s’est décidé à choisir l’immobilité en... Lire la suite (16 octobre)
  • « Jungle book »
    Tout enfant s’est un jour entendu raconter l’histoire de Mowgli, ce petit d’homme adopté par un couple de loups, dont Rudyard Kipling a fait une ode à la tolérance. Dans la jungle Akela, le père loup,... Lire la suite (15 octobre)
  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)
  • « Les causeries d’Emma la Clown »
    Il y a maintenant vingt ans que Meriem Menant a crée son personnage d’Emma la clown avec sa chemise de flic bleu clair et sa cravate, sa jupe plissée qui pendouille et ses chaussettes qui godillent,... Lire la suite (11 octobre)