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Un film de Phan Dang Di (Vietnam-France-Allemagne)

"Bi, n’aie pas peur !" Sortie en salles le 14 mars 2012

A Hanoi, Bi, un enfant de 6 ans, vit avec sa famille dans une maison située à proximité d’une fabrique de glace. Bi est un enfant réjoui, curieux de tout et l’usine est pour lui, le terrain de jeux mystérieux qui convient à son imagination débordante.

Lorsqu’après des années d’absence, le grand-père maternel les rejoint, il est très malade. Bi, avec l’enthousiasme qui le caractérise, réussit à apprivoiser l’aïeul bougon. Ils partagent ensemble ses jeux d’enfants et leurs connaissances d’herboriste.

Le père de Bi qui est un client assidu des bars, fuit sa famille et trouve réconfort auprès d’une masseuse dont il est amoureux mais qui en reste avec lui à ses activités professionnelles.

La mère reporte son manque d’amour sur son père à qui elle consacre tout son temps.

Quant à la tante de Bi, une jolie jeune femme qui semble vouée au célibat, elle est tombée amoureuse, après un simple échange de regards dans un bus, d’un étudiant juvénile.

Faute de pouvoir retenir l’attention du garçon, elle rencontre de temps en temps un homme qu’elle se résignera peut-être à épouser.

Le récit du film est très contrasté. D’une part, le monde des adultes résigné à ses souffrances et carences affectives. Un monde gris, routinier et sans surprises. Et de l’autre, l’univers de Bi, tout en gaîté, vivacité, enthousiasme et curiosité.

Son jeune âge le protège encore des complications du monde adulte sur lequel il porte un regard indulgent, faute de pouvoir le juger.

Bi est un jeune garçon autonome et libre qui en est encore à pouvoir nier ce qui fait obstacle à ses enthousiasmes.

Il fait l’impasse sur la génération adulte intermédiaire à qui il porte un intérêt relatif, et pour établir une relation complice, il choisit l’extrême, l’aïeul.

Lorsque "Bi, n’aie pas peur !" est sorti à Hanoi, il a connu un engouement de la presse qui en a souvent parlé sans avoir même vu le film, pour la seule raison qu’il était le premier film vietnamien à n’avoir pas été financé par l’État mais par des fonds privés, locaux et étrangers. El lorsqu’il a été présenté à Cannes, la presse vietnamienne a pu découvrir le film dans sa version non censurée et se livrer à des débats contradictoires à son propos. Or le clivage a été générationnel. Nouvelles et anciennes générations se sont trouvées du côté des défenseurs alors que les pourfendeurs se comptaient au sein de la génération intermédiaire.

On ne peut s’empêcher de penser qu’il existe un phénomène de rapprochement entre la complicité générationnelle du scénario et la façon dont le film a été accueilli par les journalistes vietnamiens.

" Bi, n’aie pas peur !" est un très beau film sur l’enthousiasme de l’enfance et son regard sélectif sur le monde des adultes.

Le jeune comédien, Phan Tranh Minh, apporte beaucoup au récit par sa spontanéité, son rayonnement et son sourire lumineux.

Francis Dubois

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