Echos des académies

Bientôt des responsables des études partout ? Expérimentation Hirsch dans l’académie de Créteil

Bien que se présentant comme le chevalier blanc de la concertation, le Recteur de l’Académie de Créteil, nommé depuis peu au Ministère, a élaboré puis mis en place l’expérimentation Hirsch sur les Responsables des Etudes dans le secret le plus total… ou presque !

La genèse de cette expérimentation est bien éloignée du terrain : élaborée en juin par les IIO sous la houlette de la CSAIO, puis modifiée par le Recteur, on s’aperçoit rapidement, à la lecture de la synthèse, qu’il s’agit en fait d’un copié-collé de la fiche RIME (Répertoire Interministériel des Métiers de l’Etat, qui vise à faire disparaître 600 corps de la fonction publique) sur les responsables de l’accompagnement des élèves, des étudiants et des apprentis…. ! Nous en avons appris l’existence à la lecture du rapport de Saint-Girons sur l’Orientation Active, paru en juillet. Du projet initial de trente pages, nous n’avons eu connaissance que d’un condensé d’à peine deux pages.

Quant au dialogue avec le terrain pour la mise en oeuvre, les CIO (DCIO et Co-Psy impliqués) n’ont pas eu leur mot à dire, et les équipes des collèges, hormis les chefs d’établissement, ont été très peu informées ... la consigne étant de ne surtout pas en parler ! D’ailleurs, pour la plupart, c’est le SNES qui a alerté les collègues des CIO et des collèges. Hormis dans les deux cas où les élus du SNES ont mis la question à l’ordre du jour du CA, il n’y a pas eu de vote … Quant aux pressions faites à certains collègues de ne pas diffuser la fiche de poste du RE, elles sont tout simplement inadmissibles !

Cela dit, on comprend pourquoi la hiérarchie ne souhaitait pas la diffusion de ce document ! La lecture des missions confiées à ces RE laisse pantois : titulaires au mieux d’un Master, quelques jours de formation devraient leur permettre d’assister le chef d’établissement, de remplacer le Co-Psy, de reprendre certaines missions du CPE … (A se demander d’ailleurs ce que faisaient jusqu’alors le Co-Psy, le CPE, l’adjoint …). Toujours est-il qu’ils vont notamment devoir assurer des « entretiens de guidance », « d’explicitation et de reformulation » qui devront rien moins que de permettre « d’aider au changement de comportement, de soutenir les élèves en difficulté, de créer les conditions d’une meilleure motivation, d’accompagner chaque parcours dans une logique d’amélioration et d’épanouissement, d’apprendre à construire une image positive de soi » … Bref, jouer les apprentis sorciers (les « coaches » selon le Recteur) sans aucune qualification, et sans référence à une quelconque déontologie !

En outre, un avantage indéniable pour la hiérarchie est que les RE seront certainement moins critiques et plus dociles pour la mise en place du PDMF et le remplissage du livret de compétences que les Co-Psy … ne serait-ce que, parce que personnel précaire, ils auront tout intérêt à appliquer les consignes du chef d’établissement s’ils veulent voir leur contrat reconduit.

Cette année, ils ont en charge, dans les collèges concernés, le niveau 4ème. L’année prochaine, ils vont suivre les élèves en 3 ème. Si l’évaluation est positive (nous sommes d’ailleurs très curieux de connaître le protocole d’évaluation), il est prévu d’étendre cette organisation à l’ensemble des niveaux et des établissements.

A travers cette expérimentation, c’est carrément la fin des conseillers d’orientation-psychologues qui est mise en application…
Ce n’est pas une nouvelle organisation qui est testée, c’est la disparition de professionnels qualifiés, garants d’une déontologie indispensable à toute investigation sur les intérêts et la personnalité qui est à l’œuvre.

C’est par une reprise du recrutement de conseillers d’orientation-psychologues, à la hauteur des besoins, que les élèves, les familles et les équipes éducatives y gagneront, pas par l’embauche de contractuels , non psychologues ,formés en quelques jours !

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