Actualité théâtrale

Jusqu’au 29 janvier au Théâtre de Belleville

« Bienvenue en Corée du Nord »

On imagine mal un voyage de clowns en Corée du Nord. Pourtant ils l’ont fait ! Trois clownesses et un clown, accompagnés de leur metteur en scène Olivier Lopez, sont donc partis pour un voyage de dix jours, bien encadré bien sûr, dans ce pays. Ils s’étaient toujours intéressés à la folie, au déraisonnable, aux exclus de notre société. En matière de déraisonnable ils ont été servis ! Ils ont décidé de nous rapporter, à chaud, leur ressenti et quoi de mieux que le travail du clown pour révéler l’absurdité et la dureté de ce régime. C’est de l’absurdité sinistre des décisions de ses dirigeants qu’ils nous font rire, jaune faut-il le préciser, sans être raciste bien sûr comme ils le précisent !

Ils nous parlent de leur voyage et on rit de ce qui pourrait être tragique, du service militaire qui dure douze ans, d’un pays où il y a bien eu « une petite famine, mais on l’appelle la longue marche ». On rit de la mégalomanie des dirigeants de ce pays coupé du monde, où la surveillance est omniprésente, où la télé et la radio ne diffusent que les discours du grand leader et des chants militaro-patriotiques mais où on ne doit pas éteindre la télé, un pays qui placé sur le même fuseau horaire que son voisin du Sud a décrété une demi-heure de décalage horaire pour bien s’en distinguer. On hésite entre rire et désespérance face à ce pays où le calendrier démarre en 1912, date de naissance du fondateur de la dynastie, Kim il Sung, ce qui fait dire à l’une des clownesses que « c’est comme Jésus » !

Théâtre : Bienvenue en Corée du Nord

Les trois clownesses (Marie-Laure Baudain, Laura Deforge et Adélaïde Langlois) et leur compagnon, Alexandre Chatelain, arrivent valise à la main et se posent devant un rideau rouge qui ne s’ouvrira qu’à la fin pour des flashs grinçants montrant les grands leaders en uniformes variés, comme si ceux-ci au pays du secret avaient dû rester cachés jusqu’au bout, exceptés par leurs portraits qui s’affichent partout. Du travail du clown ils ont retenu des classiques, nez plus ou moins rouge, fleur à la boutonnière qui lance un petit jet d’eau impromptu, claques intempestives, perruques fluos, mais ils le mettent au service d’un propos engagé. Leur fausse naïveté leur permet de pointer la monstruosité du système. De la danse des missiles aux tubes musicaux nord-coréens, tous les quatre, avec des personnalités différentes, la dominatrice, la souffre-douleur, la conciliatrice nous font rire ou trembler de terreur et d’indignation face à l’absurdité de ce régime. C’est à la fois drôle, insolent et grave.

Micheline Rousselet

Lundi et mardi à 19h15, dimanche 17h

Théâtre de Belleville

94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 06 72 34

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