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Un film de Pascale Ferran (France)

"Bird people" Sortie en salles le 4 juin 2014

En transit dans un hôtel international proche de l’aéroport de Roissy, Gary, un ingénieur en informatique, décide au dernier moment qu’il ne prendra pas le vol pour Dubaï où il devait défendre un contrat important. Soumis à de fortes pressions professionnelles et personnelles, il décide de changer radicalement le cours de sa vie.
Audrey, une étudiante qui fait la femme de chambre pour payer ses études, travaille dans ce même hôtel voisin de Roissy. A la suite d’un incident décalé de la réalité, elle voit son existence basculer.

Après "Lady Chatterley", Pascale Ferran souhaitait réaliser un film contemporain qui témoigne de l’incroyable accélération du temps.
Elle avait à l’esprit ces zones aéroportuaires ou industrielles qui longent les autoroutes et vont d’une grande ville à son aéroport.
Ce qu’elle appelle des "non-lieux", qui sont des endroits de passage et qui redoublent d’étrangeté quand on sait qu’ils sont occupés par des gens qui travaillent ou vivent là.
Parallèlement à cette vision, alors qu’elle a toujours été hantée par l’appel du vide, le goût du plongeon, elle s’est souvenue d’une nouvelle méconnue de Théodore Sturgeon qui parle d’un corps qui disparaît entre le point d’envol et le sol où il aurait dû s’écraser.
C’est ici qu’est née l’histoire de l’oiseau et de la transformation de la jeune femme de chambre en un moineau parisien.
Il ne restait plus à la cinéaste qu’à relever le défi d’associer dans un même film, deux histoires appartenant à deux genres différents.
D’une part celle d’un homme qui, soudain, prend conscience que sa vie sonne creux, qui ne "supporte plus cet état de guerre permanent où il a l’impression de se dissoudre comme un bout de sucre au fond d’une tasse" et qui fait tout à coup passer à la trappe à la fois une confortable réussite professionnelle et une vie de famille établie.
D’autre part, celle d’une jeune fille qui vit dans une sorte d’entre-deux, partagée entre un travail de femme de chambre qui l’occupe de plus en plus et des études qui n’ont pas l’air de la passionner. Elle finit par oser le saut dans le vide et au lieu de s’écraser au sol, elle devient un oiseau qui commente tout ce qui lui arrive avec sa propre voix.

Qu’ont en commun un américain qui vit entre deux avions et une étudiante que son job de femme de chambre contraint à répéter les mêmes gestes, les mêmes mots ? "De vivre dans le même monde au même moment et d’aspirer tous deux à autre chose que la vie qu’ils mènent."
répond Pascale Ferran.
Ils seront transformés, lui pour être passé à l’acte et avoir rompu avec le fantasme de sa libération, elle en décrochant de l’humanité à la faveur d’un événement surnaturel où elle est embarquée.
Peut-être parce qu’ils auront vécu une reconfiguration d’eux-mêmes, leur rencontre à la fin du film se passe comme s’ils se reconnaissaient et parce qu’à travers des expériences différentes ils seront redevenus pleinement des êtres humains.

Le film a été difficile à fabriquer. Dans sa partie humaine, à l’image, à la mise en scène, au montage, à cause des différents régimes du film qui demandaient à l’équipe d’être inventifs à chaque fois de façon différente.
La partie oiseau a nécessité huit semaines de travail avec de vrais moineaux, dans de vrais décors pour des bouts de film qui permettaient ensuite de travailler avec des techniques appropriées d’effets spéciaux. Et si jamais, jusque-là aucun moineau n’a jamais été dressé, Pascale Ferran a trouvé des gens capables de le faire, qui se sont occupés d’eux depuis leur naissance, qui les ont imprégnés, puis dressés…

Un curieux objet que ce film dont on sort un peu déconcertés mais heureux.
Francis Dubois

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