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Un film d’Alejandro Gonzàlez Inàrritu (Espagne)

"Biutiful" Sortie en salles le 20 octobre

On pourrait définir Uxbal, bel homme, la quarantaine solide, comme quelqu’un de bon et de généreux que des circonstances contraires ont conduit à emprunter des chemins semés d’embûches qui le contraignent à se livrer à des activités malhonnêtes ou douteuses et à multiplier les actions discutables qui en découlent.
Il vit séparé de sa femme, la mère de ses deux enfants pour lesquels il ne manque pas d’amour mais dont la présence continue aurait pu être une entrave à son besoin de liberté et à ses dérapages moraux.
Lorsque Uxbal découvre qu’il est gravement malade et qu’il ne lui reste, au mieux, que quelques mois à vivre, il décide de renouer avec la générosité et la bonté qui sont sa nature profonde, sachant pourtant bien que, pour tout ce qui est déjà enclenché et notamment un important trafic de main d’œuvre chinoise auquel il se livre, il n’est plus possible de faire machine arrière.
Mais le retour aux bons sentiments sera vain, ne lui vaudra rien de bon et il ne pourra couper cours à sa chute et à sa déchéance…
Le personnage d’Uxbal est complexe et il fonctionne presque exclusivement sur des contradictions. Autour de sa haute et solide carcasse se profilent les signe d’une grande fragilité et, si ses activités répréhensibles dénotent une totale absence de conscience et du mépris pour les autres, il sait se montrer à l’occasion un homme tendre, attentionné et chaleureux. S’il a su, jusque là, composer avec son ambivalence, la maladie le met au pied du mur en l’obligeant en quelque sorte, à choisir son camp même s’il est trop tard.
La complexité même du personnage d’Uxbal entraîne le film sur différentes lignes thématiques qui sont menées de front dans un récit superbement construit qui va jusqu’au bout de chacun des propos qu’il aborde.

Le premier des thèmes abordés dans "Biutiful" est celui de la paternité, la peur de perdre son père, la peur d’être père, la difficulté de trouver le bon dosage dans ses devoirs de père ou le choix des priorités quand on est père.
Uxbal est un père hésitant avec des fulgurances dans l’expression de son amour pour ses enfants. Mais comment être un bon père quand ses activités malhonnêtes bafouent les règles de base du respect de l’autre…
L’absence du respect de l’autre conduit à un autre thème du film : celui de l’immigration et des abus opérés sur les sans-papiers. Il est lié aux activités d’Uxbal relatives au trafic de travailleurs chinois. L’exploitation d’une main d’œuvre à bon compte aurait pu n’être qu’un élément anecdotique du récit. Il est au contraire traité avec justesse, mené à son terme avec une chute dramatique qui révèle, et c’est là un autre thème du film, la grande misère et ce qui s’en suit, l’isolement, la déchéance humaine, la perte d’amour propre et du respect de soi…
Uxbal va mourir mais que signifie concrètement cette évidence pour un homme comme lui que la force de vie relance à chaque fois, du même élan réflexe ? Il donnera le change jusqu’au bout même si les éléments négatifs le submergent lentement.
Javier Bardem, qui a obtenu le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes pour son rôle d’Uxbal, ainsi que ses partenaires qui seraient tous à citer, contribuent à tenir le film hors des débordements du mélodrame et à mesurer un trop plein d’émotion que pourrait engendrer un tel sujet.
Francis Dubois

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