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Un film de Diao Yinan (Chine)

"Black Coal" Sortie en salles le 11 juin 2014

En 1999, on retrouve les différentes parties du corps d’un employé d’une mine de charbon aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang, chargé de l’enquête, est tenu d’abandonner l’affaire à la suite d’une agression dont il est victime au moment de l’interpellation des principaux suspects.
Cinq années plus tard, alors qu’il a abandonné la police, deux nouveaux meurtres sont commis, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Bien décidé à faire la lumière sur ces crimes, Zhang reprend du service. Très vite, l’enquête le conduit à la mystérieuse jeune femme, employée dans un pressing de la ville.

Diao Yinan voulait réaliser, autour d’une intrigue policière, un portrait de la Chine contemporaine en pleine mutation.
Puisque les débordements de violence dont est capable la nature humaine vont souvent au-delà de l’imaginable, le film noir est le genre adéquat pour les mettre en évidence. Et puisqu’un être humain est capable de couper le corps d’un homme en morceaux, de les disperser dans la nature, de tuer quelqu’un avec un patin à glace, puisque les pires atrocités et violences sont possibles, un film policier était à la fois un moyen de justifier ces scènes et l’occasion de s’interroger et d’approfondir la question.

"Black coal" se situe dans une cité industrielle du nord de la chine, une ville de moindre importance où, plus que dans les grandes métropoles, le passé et le présent peuvent encore cohabiter et où l’histoire pouvait plus aisément s’inscrire dans le réel.

Le film regroupe tous les codes du film de genre mais ceux-ci se trouvent modifiés par la touche personnelle d’un cinéaste qui, dans la façon de conduire son récit, échappe totalement à la forme narrative linéaire. Dans un premier temps, le réalisateur laisse baigner ses personnages dans une sorte d’anonymat, de désintérêt, de flou narratif. Le cadre des scènes où ils font leurs premières apparitions prime sur eux et sur l’action. C’est comme si le réalisateur était à la recherche de la bonne focale pour parvenir à préciser les contours à la fois de l’histoire et de ses protagonistes.
Rien n’est livré d’entrée et c’est petit à petit que la brume se lève, que prend forme l’histoire et que surviennent les personnages.
"Black coal" est plus qu’un film violent, un film sur la violence dans lequel le bourreau est pris en compte plus que sa victime.
Et c’est en même temps et tout à la fois une rencontre amoureuse irrésistible avec des personnages qui sont un peu égoïstes, un peu cyniques mais profondément solitaires avec des existences précaires qui évoluent à la frontière du rêve et de la réalité.
Diao Yinan ne s’interdit pas plus une scène de beuverie qu’une autre, réelle ou onirique, où on assiste à un étonnant feu d’artifice en plein jour. Un clin d’œil à l’histoire, le fait de joyeux farceurs ou une allusion à la guerre qui dépasse en violence et en cruauté, la plus violente des histoires policières.

"Black coal" a remporté l’Ours d’Or du meilleur film et l’Ours d’Argent du meilleur acteur au dernier festival de Berlin.

Francis Dubois

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