Actualité théâtrale

Spectacles en alternance au Théâtre-Studio d’Alfortville

« Blasted / 4.48 psychosis » Réduc’Snes

Christian Benedetti a mis au programme du Théâtre-Studio d’Alfortville la première et la dernière des cinq pièces écrites par Sarah Kane avant son suicide à 28 ans, en 1999. On peut les voir en alternance ou à la suite l’une de l’autre le samedi.

Dans Blasted une femme, vêtue d’un sweat à capuche et de baskets, rejoint dans une chambre d’hôtel un homme, Ian, surtestostéroné, holster à l’épaule. Il hait les Noirs et les homosexuels, il méprise les femmes, mais il a besoin de leur sexe. Il dit qu’il va mourir, il fume et boit sans discontinuer. Il dit aimer Cate, mais il la viole. La violence du monde et l’histoire ne tardent pas à faire à leur tour irruption dans la chambre avec la guerre.

C’est la vision d’une vieille femme à Srebrenica appelant au secours, en pleurant, la Communauté internationale qui a conduit Sarah Kane à élargir son propos car ainsi qu’elle le dit « le premier (le viol) est la graine et l’autre (les massacres des guerres) est l’arbre ».

On retrouve dans la pièce le déséquilibre des rapports entre les sexes qui obsède Sarah Kane, l’incapacité à aimer, la violence des rapports sexuels et le dégoût du sexe. Quant aux guerres, elles offrent aux hommes l’occasion de se laisser aller à leurs pulsions les plus barbares, viols, mutilations, massacres. Il y a dans la langue de la pièce quelque chose d’aussi cru que ce qui est montré. De la description de toute cette horreur, de ces enfants et de ces femmes massacrés, de ces hommes aux yeux arrachés sourdent une colère et un profond désespoir.

Théâtre : Blasted

Christian Benedetti avait déjà mis en scène plusieurs fois, au début des années 2000, les deux pièces. Il y revient car l’histoire bégaie et on retrouve les mêmes horreurs en Syrie et en Irak. Dans cette chambre d’hôtel au vaste lit qu’éclaire, comme un ricanement sinistre, un bouquet de tournesols, le couple peut déployer sa danse de mort. Christian Benedetti incarne Ian, macho paranoïaque et alcoolique, jouant sans cesse avec son revolver, l’enlevant, vérifiant qu’il est chargé, le remettant dans son holster. Il est journaliste, mais se donne des airs d’agent secret. Verre à la main, cigarette au coin de la bouche, à la fois terrifiant et pathétique, il joue de son pouvoir sur Cate à qui Marion Trémontels prête sa silhouette juvénile, suçant son pouce, s’échappant du monde en s’évanouissant ou éclatant d’un rire hystérique et nerveux. L’arrivée du soldat (Yuriy Zavalnyouk) fait monter la tension d’un cran. C’en est fini de ce qui pouvait avoir un peu, très peu, une allure de « jeu sadique », l’horreur envahit la scène et le sang se répand. Tous trois manient à la perfection les silences et le jeu des regards, ils sont impressionnants.

4.48 Psychosis est la dernière pièce écrite par Sarah Kane, une pièce dont Edward Bond disait qu’elle était sa « note de suicide » très personnelle. Elle y parle de sa dépression psychotique. Dans « cet instant de clarté avant la nuit éternelle », elle dit ne plus pouvoir surmonter sa peur et son dégoût, crie la colère et la honte de qui ne s’aime pas et se décrit comme « un ratage total ». Ce texte terrible où elle annonce son suicide, où elle dit à « 4h48 je dormirai… à 4h48, je ne parlerai plus » est aussi empreint d’ironie amère.

Pour sa mise en scène Christian Benedetti a choisi de laisser l’actrice Hélène Viviès seule en scène, à la fois médecin et patiente. Cheveux courts, en jean et baskets, bras ballants, jambes légèrement écartées, elle accroche le spectateur à sa voix, froide quand elle évoque le médecin qui lui dit, après une première tentative de suicide « vous avez fait ça pour attirer l’attention, pour soulager la tension » puis empreinte de colère quand elle finit par lui dire « pourquoi vous ne me demandez pas pourquoi je l’ai fait ? »

Ce n’est pas une soirée aimable qui attend le spectateur, mais la férocité du théâtre de Sarah Kane, le miroir d’une humanité aussi désespérante que désespérée qu’elle lui tend, la force des interprètes qui ont su admirablement se mettre au service de son écriture nerveuse et vibrante marquera l’esprit de tous.

Micheline Rousselet

En alternance à 20H30 : Lundi, mercredi, vendredi Blasted , mardi, jeudi 4.48 Psychosis

Le samedi à 19h Blasted et à 22H 4.48 Psychosis

Théâtre-Studio

16 rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 76 86 56

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