Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 avril au théâtre de la Tempête

« Boesman et Lena »

Errant de campement en campement, Boesman et Lena avancent, chassés par l’homme blanc, qui détruit systématiquement leurs pauvres cabanes. Épuisés, chargés de sacs de toile, de bidons, de quelques bouts de bois et de chiffons, ils tentent de se faire un abri pour échapper au froid nocturne et à l’humidité des marécages. La guerre fait rage entre eux. Entre deux verres de gnôle, Boesman cogne Léna. Elle crie, se plaint mais garde un cœur pur. À la différence de Boesman, elle est encore capable de compassion envers plus déshérité qu’elle, le cafre, « ce nègre » dit Boesman qui lui est un Hottentot, la population d’origine de l’Afrique du Sud, plus claire.

Théâtre : Boesman et Léna

Philippe Adrien a mis en scène la pièce de l’écrivain blanc Sud-Africain, Athol Fugard. Dans un décor de terre boueuse, habillés d’oripeaux, Christian Julien et Nathalie Vairac, deux comédiens antillais incarnent Boesman et Léna. Christian Julien campe un Boesman débrouillard, qui veut croire qu’il n’a besoin de personne et met Léna dehors quand elle veut aider Outa, le cafre. À la question de Léna qui lui demande « elle est où ma vie » il répond cyniquement « ici dans la boue ». Nathalie Vayrac est une Lena touchante, révoltée contre la brutalité des Blancs et de Boesman, auquel elle n’hésite pas à rappeler qu’il s’est mis au service des Blancs pour brûler les baraques des miséreux, comme lui. Avec douceur elle emmène Outa, incarné par Tadié Tuéné un comédien camerounais, près du feu, lui donne de l’eau, sait qu’elle a besoin de quelqu’un pour l’écouter. On a le cœur serré quand on l’entend dire « avant j’avais un chien, maintenant j’ai Outa ».

Le texte est fort, écrit comme un brûlot. « On est les déchets des Blancs. Á cause de nous, ils n’arrivent pas à se débarrasser de leurs déchets. Ils jettent, on ramasse », dit Boesman. Écrite en 1968, en plein apartheid, la pièce retrouve une nouvelle actualité, si l’on songe aux inégalités d’aujourd’hui, aux précaires, aux SDF et au rejet des migrants par des gens qui n’ont guère plus qu’eux.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Adishatz /Adieu »
    Jonathan Capdevielle apparaît seul sur scène et entonne à capella avec son timbre de haute-contre les tubes de Madonna ou, avec l’accent de Tarbes, des chansons de Francis Cabrel, des chants... Lire la suite (18 décembre)
  • A propos des "3 sœurs" et du théâtre à deux vitesses
    Les « Trois sœurs » qu’on peut voir encore jusqu’au 22 décembre à l’Odéon Théâtre de l’Europe a été diversement accueilli. Il y ceux qui ont encensé le spectacle (voir la critique de Micheline Rousselet,... Lire la suite (15 décembre)
  • « Rémi Larrousse, Songes d’un illusionniste »
    Nous rêvons tous. Que nous révèlent nos rêves ? Cauchemars ou fantasmes, que signifient-ils ? Pour certains ils sont prémonitoires, d’autres y voient le rappel d’un passé oublié ou enfoui. Rémi... Lire la suite (14 décembre)
  • « Cap au pire »
    Cap au pire est l’un des derniers textes écrits par Beckett, un texte écrit en anglais et qu’il ne s’était pas résigné à traduire comme s’il avait hésité à se relancer dans ce dédale, un texte destiné à... Lire la suite (13 décembre)
  • « Probablement les Bahamas » de Martin Crimp
    Milly et Franck savourent le confort de leur cottage où s’annonce pour eux une retraite paisible. Ils ont même à leurs côtés pour faire barrage à leur solitude, la présence rassurante d’une étudiante... Lire la suite (13 décembre)