Actualité théâtrale

Au Grand Parquet

"Bourlinguer" Jusqu’au 31 mai

Jean-Quentin Châtelain est debout seul dans un cercle de lumière, les pieds nus plantés dans le sol. Il est comme un bloc de glaise dans la main d’un sculpteur, mais c’est lui qui sculpte les mots et fait jaillir la langue de Cendrars. Dans « Gênes », l’extrait de Bourlinguer mis en scène par Darius Peyamiras, Blaise Cendrars raconte son retour dans la ville de son enfance, Naples, après qu’il s’est enfui d’Ispahan à la suite d’un conflit avec son associé à propos d’une « épine », une canne précieuse. Il évoque la beauté du paysage napolitain, les odeurs, la ferme de Pascuale qui a disparu sous les assauts de la spéculation immobilière, le ressentiment contre son père qui par appétit du gain, n’a pas hésité à massacrer la beauté des lieux et surtout son amour pour sa compagne de jeux Elena.

Il y a un aspect universel dans ce texte, c’est comme si on sentait les odeurs, si on voyait les paysages et dans la voix de Jean-Quentin Châtelain on croirait entendre la plume de Cendrars crisser sur la page. Dans sa bouche la langue du poète s’avance en vagues successives. Il s’emporte, vomit son ressentiment contre son père, évoque avec un plaisir douloureux le souvenir des jeux de l’enfance, de la découverte de l’autre, des filles « qui ne sont pas pareilles ». Le ton devient élégiaque, pour évoquer les pentes du Vomero et le jardin de Virgile qui n’est plus tel qu’il fut lorsqu’il abritait sa complicité avec Elena, avant de glisser dans la tristesse. « Il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines ». Il faut entendre Jean-Quentin Châtelain, superbe incarnation de Cendrars, dire : « Ecrire n’est pas mon ambition, mais vivre. J’ai vécu et maintenant j’écris » En passeur magicien, il donne vie à Cendrars et une émotion rare étreint le cœur des spectateurs.

Micheline Rousselet

Les mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 20h, le dimanche à 16h
Le Grand Parquet
35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris
Réservations : 01 40 05 01 50
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Massacre »
    Deux femmes dans le salon d’un hôtel. L’une D est la propriétaire de l’hôtel qu’elle a décidé de fermer définitivement. L’autre H est l’unique cliente, que D voudrait bien convaincre de quitter les lieux... Lire la suite (29 janvier)
  • « Angels in America »
    New York 1985, début de l’épidémie du Sida présentée par les puritains comme une punition divine à l’encontre des gays. Un avocat aussi cynique que célèbre, juif et homosexuel, refusant de reconnaître et... Lire la suite (27 janvier)
  • « Le K »
    Treize nouvelles qui donnent aux événements banals de la vie quotidienne une dimension fantastique, tantôt inquiétante, tantôt drôlissime. Gregori Baquet les a prises dans Le K de Dino Buzzati, le... Lire la suite (26 janvier)
  • "J’ai rêvé la Révolution"
    « J’ai rêvé la Révolution » est repris : Du 29 au 31 janvier à la Comédie de Picardie à Amiens (80) Du 27 février au 8 mars au théâtre de l’Épée de bois à Paris En parallèle il y a un spectacle court... Lire la suite (26 janvier)
  • « La mégère apprivoisée »
    Un jeune homme Lucentio arrive à Padoue avec son valet, aperçoit une jeune fille fort jolie et en tombe amoureux. Mais le père de Bianca a décidé qu’elle ne pourrait se marier que lorsqu’un mari se... Lire la suite (24 janvier)