Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 avril au Théâtre de l’Aquarium

« Bourreaux d’enfants 2 ! » avec « La pluie d’été » et « Notre avare »

C’est le deuxième spectacle du cycle Bourreaux d’enfants présenté à l’Aquarium. Chacun rassemble deux textes qui s’interrogent sur la place et le regard porté sur l’enfant ou sur la jeunesse dans nos sociétés.
Dans la première partie, Lucas Bonnifait adapte et met en scène la pluie d’été de Marguerite Duras dans un dispositif quadrifrontal où les acteurs sont tantôt assis au milieu du rang de spectateurs, tantôt au centre de l’espace, tantôt lisant tantôt disant. Malheureusement le dispositif ne fonctionne pas. Si le début de la pièce, avec la phrase intrigante de l’enfant qui dit « je ne veux plus aller à l’école car à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas », accroche le spectateur, la suite se dilue et ce dernier n’arrive plus du tout à s’intéresser à ce qui se passe. Il y a des textes qui restent destinés à être lus !

La suite de la soirée heureusement fait plus que rattraper ce début raté. Nous avons tous étudié L’Avare au collège. On s’y intéresse alors surtout à Harpagon et à ses enfants. Jean Boillot adapte et met en scène la pièce de Molière en renversant le point de vue. Il met l’accent sur les rapports entre ces enfants et leurs amoureux respectifs, leur rapport au père, et la pièce devient ainsi une pièce sur le désir, la confusion des sentiments où s’affrontent des passions et des caractères. Quand commence Notre avare, Harpagon est mort. Ses enfants se retrouvent pour un anniversaire et font revivre ce père tyrannique et castrateur qui a tant pesé sur leur jeunesse. Ils sont là tous les quatre sous un lustre de cristal, il y a des boissons (le public s’en voit même offrir fort généreusement !) et de la musique d’aujourd’hui. Harpagon n’est plus là, mais il est omniprésent. Il est même si envahissant qu’à un moment il y a quatre Harpagon, la fraise autour du cou, sur scène ! En effet chaque acteur joue son propre rôle ou celui d’Harpagon ou raconte une scène. La pièce devient récit, Harpagon apparaît à travers le point de vue des quatre jeunes gens qui confrontent leurs souvenirs et parlent du désir amoureux, de la soumission au père, de la résignation ou à l’inverse de la révolte et où les moyens les plus définitifs, vol, suicide, parricide même, sont envisagés pour se soustraire à la tyrannie d’un père indigne.

On passe du style direct au style indirect, du récit des faits à l’incarnation des personnages, ce que Brecht appelait le « théâtre naturel ». Le mélange des registres où l’on passe du drame au romanesque, de la farce à la cruauté, apporte un éclairage inattendu sur la pièce de Molière, tout en lui étant fidèle puisque ce sont ses mots que l’on entend le plus souvent. On rit, on est indigné ou ému et l’on découvre à nouveau combien Molière peint les hommes tels qu’ils sont, sans que les siècles qui passent ne vieillissent son propos. Il faut remercier Jean Boillot et ses quatre très bons acteurs de nous offrir une relecture aussi neuve et séduisante de L’avare. A voir sans hésitation par tous les professeurs de lettres avec leurs élèves, par tous ceux qui aiment Molière, mais aussi par ceux qui n’auraient pas encore découvert qu’il nous parle toujours de nous.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Motobécane"
    "Motobécane" est repris du 3 novembre au 30 décembre (sauf les 24 et 25 décembre) Novembre : les dimanches à 17h30 et les lundis à 19h Décembre : lundis et mardis à 19h, mercredis à 21h15,... Lire la suite (16 novembre)
  • « Waynak »
    Les plus vieux d’entre nous avaient rêvé d’un monde sans guerre. Pourtant elle était toujours là, mais plus loin. Et puis maintenant elle n’est plus loin, juste de l’autre côté de la Méditerranée. Les... Lire la suite (16 novembre)
  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)