Actualité théâtrale

au Théâtre de l’Aquarium

"Bourreaux d’enfants !", chap. I Jusqu’au 5 avril

Ce spectacle rassemble deux spectacles courts. Le premier Modeste proposition concernant les enfants des classes pauvres, d’après Jonathan Swift, trouve un écho formidable dans la crise actuelle. Écrit en 1729, ce pamphlet provocateur, sous couvert de rationalité économique et avec une logique implacable, propose des solutions radicales, efficaces et salutaires pour résoudre le problème de la misère des chômeurs irlandais et de leurs enfants. Il est extraordinaire que plus de cinquante ans avant les écrits d’Adam Smith et cent ans avant ceux de Malthus, le texte de Swift apparaisse comme une réponse à leur propos. Mais c’est sur le ton de l’humour noir que Swift a exprimé sa condamnation de la haine sociale à l’œuvre dans le sort fait aux plus pauvres en Irlande.

Ce texte est mis en scène de façon intelligente et radicale par François Rancillac. Cela prend la forme d’une conférence, où le conférencier (excellent David Gabison) devant un tableau couvert de citations et d’équations, va chercher à nous convaincre du bien fondé de ses propositions révolutionnaires, dont l’efficacité semble imparable, mais qui se heurtent, malheureusement selon lui, à la paresse intellectuelle et aux préjugés. A l’instar d’Alphonse Allais qui disait qu’il faut prendre l’argent chez les pauvres car s’ils n’en ont pas beaucoup c’est compensé par le fait qu’ils sont nombreux, Swift allait plus loin dans ses propositions. David Gabison a l’assurance, voire la condescendance du professeur. Avec sérieux, il présente les solutions les plus radicales et les plus effroyables, s’emporte quand il pense pouvoir être contredit et semble si convaincu, qu’il doit arriver à convaincre. Dans la salle, les spectateurs rient, mais c’est un rire qui fait réfléchir sur les questions d’aujourd’hui et lorsque le portrait de Swift se dresse à la fin, c’est aussi lui que les spectateurs applaudissent.

Le second spectacle, L’homme qui rit, est moins réussi. Christine Guênon a adapté le roman de Victor Hugo, en s’attachant surtout aux passages concernant Ursus, Gwynplaine, Déa et le narrateur. L’ensemble perd un peu de sa cohérence, mais ce que l’on regrette surtout, c’est la faiblesse de la scénographie et une mise en scène peu lisible qui rendent l’ensemble trop monotone. Christine Guênon dit fort bien le texte, elle est même émouvante dans le discours de Gwinplaine à la chambre des lords, où elle fait apparaître ce visage de clown blanc, barré par son sourire monstrueux. Mais l’ensemble reste un peu décevant.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

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