Année 2016-2017

« Bourrelet » et « maintien » : les lycées corsetés (Lille)

Les enseignants en lycée sont au bord de l’apoplexie dès la rentrée : le « bourrelet » de la génération de l’an 2000 n’a pas fondu cet été…

Ils ont entre 15 et 17 ans, et grossissent les rangs des secondes et des premières. L’explosion des effectifs par classe, en particulier en 2nde, s’inscrit d’ailleurs dans une tendance à plus long terme, qui était tout sauf imprévisible.

Le « maintien » (jadis impudiquement appelé « doublement ») des élèves de 2nde en très grande difficulté étant réduit à la portion congrue, du fait des nouveaux textes, ceux-ci se retrouvent engoncés dans des classes de 1ère très souvent à 35 élèves ou plus... l’espoir de réduire leurs difficultés s’amenuisant avec ces conditions d’enseignement.

Mais cette mesure ne visait certainement pas une meilleure réussite des élèves ! Quant aux élèves de terminale qui se « maintiennent », ils seront parfois dispensés de certains cours, parfois contraints d’assister à tous les cours, aucune des deux solutions n’étant vraiment satisfaisante... Encore une mesure bien réfléchie...

Et juste quand les personnels pensent ne plus pouvoir avaler de couleuvres, on leur ressert le plat de la veille : le gouvernement vient d’annoncer qu’à la suite de la réforme du collège, une réforme des lycées s’impose. Arrière-goût de réchauffé ? Eh bien oui, la dernière réforme a à peine 6 ans, et une autre menace déjà de rester en travers du gosier des professeurs de lycée, sans bien sûr qu’une évaluation sérieuse de la précédente ait été menée – même si un « bilan » existe, mais tarde à être (officiellement) publié ...

Echos des établissements

Paul Duez / Bettignies, Cambrai : on craque !
Les personnels enseignants de la cité scolaire Paul Duez-Bettignies (un lycée, un LP et un collège), la plus grosse structure de la nouvelle Région (3250 élèves pour 300 profs), sont entrés dans l’action lors de cette rentrée 2016 : malgré de très nombreuses interventions depuis plus d’un an en CA, les conditions de travail et d’enseignement n’ont cessé de se dégrader. Face à une hausse considérable des effectifs (plus de 500 élèves supplémentaires depuis 3 ans sur les 3 établissements), la rentrée a été catastrophique : manque de profs, de secrétaire ou de chef de travaux au LP, manque de salles, service de reprographie inadapté, CDI et lieux de travail insuffisants, sous équipement numérique, emplois du temps complexifiés, stress et tensions permanentes dès la prérentrée... L’intersyndicale, suite à une heure d’information syndicale, a donc déposé un préavis de grève pour le lundi 12 septembre : cela a eu pour effet d’obtenir très rapidement une audience au Rectorat et à la Région. D’ores et déjà un demi-poste en anglais et en SVT ont pu être obtenus ainsi que des promesses pour améliorer les conditions de fonctionnement au niveau matériel (reprographie, numérique principalement…).
Au quotidien, les profs, soutenus par la section locale SNES-Fsu qui a pris toute sa
part dans la mobilisation, attendent des actes et restent vigilants car il y a urgence.
La section SNES de la cité scolaire Paul Duez - Bettignies

Montebello a ressorti sa banderole !
Dès février, la section Snes-FSU du lycée, reçue en audience avec l’intersyndicale, avait alerté le Rectorat sur l’insuffisance de la dotation et sur les besoins récurrents en vie scolaire, revendiquant la création d’un poste de CPE. Le Rectorat avait répondu que l’on resterait sur un statu quo en attendant la refonte du barème académique, à savoir le maintien d’un demi-poste provisoire. Mais les promesses n’engagent que ceux qui les croient : nous découvrons en juin que ce demi-poste est supprimé et qu’aucun moyen horaire n’est débloqué pour les élèves. Suite au vote « contre » en CA, nous sommes re-convoqués le 13 juillet. La section alerte le rectorat et dépose une heure d’information syndicale pour la pré-rentrée et un préavis de grève ; nous
apprenons pendant les vacances que la Terminale L menacée de suppression est finalement maintenue et, à la rentrée, que le demi-poste provisoire de CPE nous est rendu, mais... non pourvu. 55 % de grévistes le 8 septembre ont permis d’arriver en position de force à l’audience du même jour accordée par le rectorat... pendant qu’il nommait une nouvelle collègue. Vendredi 16, nous rencontrons la région pour évoquer des questions de sécurité et de maintenance informatique et demandons une concertation régulière des personnels sur les travaux à faire au lycée, notamment en ce qui concerne le terrain libéré par le Greta. Reçus par Mme Pavot et ses collègues, nous avons pu avoir un dialogue constructif et obtenir des engagements pour l’avenir. Une journée de grève efficace à tous points de vue !
Odile Deverne, S1 du lycée Montebello (Lille)

Robespierre, Arras : enseigner envers et contre tout !

D’ordinaire, l’expression « travail empêché » peut évoquer la somme des contraintes institutionnelles qui pèsent sur des professionnels. Au lycée Robespierre d’Arras, elle a pris en cette rentrée une signification beaucoup plus littérale : comment pouvions-nous enseigner en l’absence d’emplois du temps ?
À l’heure où ces lignes sont écrites (15 septembre), familles et enseignants restent dans l’attente d’emplois du temps complets et cohérents, qui permettraient de
commencer à travailler de manière organisée.
La prérentrée avait permis de saisir l’ampleur du désastre : en guise d’emplois du temps, un « document de travail » très incomplet sur lequel ne figurait aucune salle ! Le jeudi 1er septembre, pas mieux. Dans la nuit du 1er au 2, les professeurs ont reçu les emplois du temps des classes, avec des salles uniquement pour le vendredi : charge à eux de reconstituer, à partir de ce « matériau », leur emploi du temps personnel !
Alertés dès le jeudi, Recteur et DASEN dépêchent en urgence un IPR « Vie scolaire » le vendredi (la ministre visite une école voisine). L’ensemble des professeurs débraye à 10 heures, en accueillant les élèves dans la cour entre 10h et 13h ! Un adjoint d’un autre établissement est parachuté pour aider à la confection d’emplois du temps provisoires. Dans la soirée du dimanche 4 septembre, des emplois du temps partiels ont finalement été mis en place, pour permettre un relatif fonctionnement de l’établissement jusqu’au 17 septembre.
Depuis, un tract a été distribué à des parents assez remontés, qui osent évoquer, devant le Proviseur, « l’incompétence de la direction » ! La pression est maintenue à travers des préavis de grève déposés par le SNES-FSU, et au moyen d’actions lors des réunions de parents de Seconde (port d’un t-shirt « prof inquiet »).
Nous envisageons de saisir le CHSCT. La presse régionale multiplie les articles sur la situation à Robespierre.
Aujourd’hui, nous sommes sans réponse à un nouveau message envoyé au Recteur et au DASEN le 6 septembre dernier. Il exprimait pourtant un sentiment d’abandon
proche de l’effroi : notre direction travaille seule sur nos emplois du temps !
Ce fiasco n’était, hélas, pas imprévisible. Le 31 mai 2016, nous envoyions une lettre au Recteur pour exprimer notre inquiétude quant à la gestion de notre établissement
(sécurité, absence de directives claires, organisation des examens et de la préparation de la rentrée).
Réponse du DASEN : « il n’apparaît pas nécessaire de mettre en place [...] une « enquête administrative ».
[...] si je devais en diligenter une dans le courant de la prochaine année scolaire, elle s’intéresserait avant tout au fonctionnement pédagogique de votre établissement. » No comment !
Christelle Bonhomme et Catherine Parmelli, secrétaire et trésorière du S1 du lycée Robespierre

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