Actualité théâtrale

Au théâtre de la Bastille, puis en tournée

"Bovary" Une autre critique

Après la critique de Doriane Spruyt, visible ici, «  Bovary  », mise en scène Tiago Rodrigues, en voici une autre :

« Madame Bovary  » est un roman qui a beaucoup compté parmi les lectures d’adolescence de Tiago Rodrigues.

Plus tard, lorsqu’il a pris connaissance des plaidoiries du procès intenté à Gustave Flaubert pour atteinte à la morale, il a su qu’il écrirait une pièce qui reposerait sur une adaptation du procès et dans laquelle le roman aurait sa place.

La première mise en scène du texte qu’il a écrit a été jouée avec des acteurs portugais à Lisbonne et 2014.

Lorsque le Théâtre de la Bastille a invité le spectacle en 2016, ce fut avec une distribution française et une mise en scène totalement nouvelle.

En cette décennie où l’on « revisite » beaucoup de textes classiques et autres romans avec plus ou moins de bonheur, le travail d’adaptation de Tiago Rodrigues qui « tricote » à la fois l’oeuvre de Gustave Flaubert, des extraits de sa correspondance de l’époque et les plaidoiries du procès qu’on lui attenta pour atteinte à la morale, est remarquablement conçu. (même si quelques moments cédant à la facilité, affaiblissent le propos : le numéro de derviche tourneur d’Emma Bovary, les imitation de bruits d’animaux que produisent les personnages pendant la foire aux bestiaux ou les baisers sur les lèvres à répétition).

Mais comment faire pour isoler le travail ciselé de Tiago Rodrigues, ce jonglage parfait entre les trois sources d’inspiration du spectacle, de la prestation de la comédienne Ruth Vega Fernandes qui interprète entre autres personnages, celui de l’avocat de la partie civile.

Comment peut-on jouer en solo deux heures durant, de la même façon que si elle était dans un one-woman au Café Théâtre ?

Les ruptures de ton sont un risque nécessaire et sont bienvenus dans un spectacle comme «  Bovary ». Mais, comme le réussit si bien le comédien David Geselson qui interprète le personnage de l’avocat de Gustave Flaubert, il est important tout en jouant sur les codes de la comédie, de ne pas mordre le trait et de ne pas tomber dans l’excès.

Ruth Vega Fernandes fait beaucoup rire le public avec ces facéties, sa gestuelle, ses démonstrations grand guignolesque mais au moment où il rit, le public lui-même, tout comme la comédienne ne se désolidarise-t-il pas du travail d’orfèvre de Tiago Rodrigues pour laisser au second plan les prestations des autres interprètes ou le beau tissage dramaturgique du spectacle ?

Francis Dubois

Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette 75 011 Paris.

En tournée :
Du 3 au 6 avril Maison de la culture de Bourges

Le 10 avril Théâtre Cinéma Paul Eluard de Choisy-le-Roi

Le 12 avril Espace 1789 Saint Ouen

Les 18 et 19 avril Théâtre de Cornouaille-Scène nationale de Quimper

Les 24 et 25 avril Le Moulin du Roc-Scène nationale de Niort.

Le 3 mai Théâtre Romain Rolland -Villejuif

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La 7è vie de Patti Smith »
    Dans la banlieue de Marseille en 1976, une jeune adolescente au corps androgyne, timide et mal dans sa peau, entend lors d’une soirée entre amis un disque avec la voix de Patti Smith et son cri... Lire la suite (20 février)
  • « Les grands rôles »
    On entend une démarche boiteuse et un acteur arrive en traînant une chaise qui fait le bruit de sa canne. Le monologue de Richard III démarre et le rire aussi quand un acteur échappé de Lucrèce... Lire la suite (19 février)
  • « Fanny et Alexandre »
    Les spectateurs finissent de s’installer dans la salle Richelieu et Denis Podalydès s’avance au bord du plateau, vêtu d’un long manteau de scène, pour leur rappeler d’éteindre leurs téléphones... Lire la suite (18 février)
  • « La conférence des oiseaux »
    Il y a quarante ans Jean-Claude Carrière adaptait pour Peter Brook l’un des plus célèbres contes soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). La conférence des oiseaux raconte comment, encouragés... Lire la suite (14 février)
  • « Premier amour »
    Sami Frey reprend cette nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, qu’il avait créée il y a dix ans. On y trouve déjà l’image de ces clochards célestes que seront, dans En attendant Godot , Vladimir et... Lire la suite (7 février)