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Un film de Emmanuel Gras (France)

"Bovines ou la vraie vie des vaches" Sortie en salles le 22 février 2012

Le film s’ouvre sur une scène qui interroge, dérange et dont on n’aura pas l’explication : une vache traverse tout le troupeau en poussant des meuglements répétés tellement forts et tellement réguliers qu’on finit par y voir un appel de détresse. Elle le fait dans l’indifférence totale des autres. Est-ce chez cet animal une habitude de se manifester de la sorte, ce qui expliquerait que ses appels ne sont pas pris en compte ? est-ce un subit coup de blues, le pressentiment qu’un jour ou l’autre, elle devra monter dans une bétaillère qui la conduira vers l’abattoir ?

Que sait-on des vaches qu’on voit réunies en troupeau dans les champs, le plus souvent de loin, depuis la vitre d’une automobile ou celle d’un train, sinon que c’est un animal placide, qu’elles nous sont servies en morceaux dans nos assiettes, en steaks, mijotées en bourguignon ou en pot-au-feu.

Au cinéma on a souvent fait cas d’autres animaux mais pas de la vache dont le regard n’a pas la réputation d’être vif et de ne pas révéler une grande intelligence, qui passe le plus clair de son temps à brouter, à dormir "avachie" à mi- flanc et à ruminer.

Emmanuel Gras a approché l’animal sans voix off, ni discours. Il a filmé de très près les bovines placides, souvent en gros plan. Il a filmé une vache léchant le poil de l’autre mais il n’a surtout pas tenté de dire s’il s’agit d’un simple rituel, d’un témoignage d’amitié entre deux amies, s’il en résulte du plaisir.

La vache à force de placidité garde son mystère, son opacité. Est-ce un animal végétatif, sans intelligence, dont la seule préoccupation est de se nourrir ?

Pourtant quelques séquences du film viennent contredire les idées toutes faites. La scène d’ouverture avec cette vache dont les meuglements répétés pourraient bien exprimer de l’angoisse, un désarroi. La scène où l’une d’elle est chargée dans la bétaillère sans doute à destination de l’abattoir, au cours de laquelle le troupeau cesse de brouter pour assister à l’embarquement avant de suivre jusqu’à la clôture le départ du véhicule jusqu’à son total éloignement au bout du chemin.

La séquence où les mères séparées de leurs veaux, assistent à leur embarquement dans le bétaillère est franchement poignante. Toutes ensemble, elles meuglent pendant la durée du chargement et à ce moment où l’instinct maternel se manifeste, on revient sur toute la charge d’indifférence qu’on attribue habituellement à l’animal.

Mais lorsque la camionnette a disparu au bout du chemin, elles s’en retournent comme résignées au broutage. Ont-elles déjà oublié leurs veaux ou bien leur placidité retrouvée cache-t-elle la douleur de l’arrachement ?

" Bovines" n’est pas seulement un film paisible et drôle, parfois. Il permet d’entrer dans "l’intimité" du troupeau, de les suivre, d’ observer les vaches pendant plus d’une heure sans que le mystère ne soit totalement levé sur une placidité et un pacifisme légendaires qui ne sont peut-être que soumission et résignation.

" Bovines" est bien plus qu’un documentaire. C’est un regard attentif et pudique sur un animal à la fois familier et méconnu et tout à coup, fascinant.

 

Francis Dubois

 

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