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Un film de Yang Ik-June (Corée)

"Breathless" Sortie en salles le 14 avril

En coréen, breathless signifie mouche à merde. C’est un mot qui s’adresse à ceux qui tentent de s’intégrer à un groupe mais que les autres rejettent et qui n’ont donc plus d’autre possibilité que de rester en marge de la société.
Sang-Moon n’est pas un breathless. Il est le leader, aux manières redoutables, d’un groupe de voyous qui s’est donné comme mission le recouvrement de dettes qu’ont engagées des personnes mises au pied du mur par les exigences d’une société impitoyable.
Ce qui caractérise ce trentenaire sec et nerveux est sa capacité à se montrer violent, son incapacité à exprimer des sentiments ou son quelconque attachement à quiconque.
Le hasard met un jour sur la route de Sang-Moon, Yeon-Hee, une lycéenne qui d’entrée lui tient tête, comme personne le connaissant n’a jusqu’ici osé le faire.
Entre un père malade et alcoolique et un frère qui dépense l’argent au jeu, elle n’a jamais non plus été choyée par la vie.
Ces deux-là vont apprendre à s’apprivoiser, à sortir d’une spirale qui les a longtemps engloutis, à s’évader d’un monde fait d’inhumanité.
"Breathless" est un film violent. On dit généralement de la violence à l’écran quand elle est répétée et gratuite, qu’elle est difficile à soutenir. Pourquoi la violence, dans ce film, devient-elle visuellement tolérable ?
La violence poussée à l’extrême jusqu’à l’acharnement sadique et gratuit, la cruauté, le plaisir de dominer une personne affaiblie et sans défenses, finit ici par renvoyer le spectateur à d’autres moments, d’apaisement ceux-là, que nous offre Sang-Moon. Jusqu’à découvrir, au hasard d’un geste, d’un regard, derrière une attitude bourrue ou méprisante, un autre côté du personnage, dissimulé sous des strates d’apparences. Et c’est cet aspect, humain et généreux, complètement enfoui, que la jeune fille révèle.
C’est en cela que "Breathless" est un film troublant. Cette violence qui finit par nous devenir familière ne finit-elle pas à aller chercher au tréfonds de nous, ce que nous avons tous, et que nous cachons, de cruauté, de méchanceté, de haine, de révolte…
Mais "Breathless" n’est pas qu’un film sur la violence. C’est aussi une peinture sensible et sans précautions de la société coréenne, des problèmes familiaux et des relations père/fils. Le père étant considéré ici comme celui qui, pour une large partie, a semé les graines de la violence.
La société coréenne a longtemps fonctionné sur l’autorité dictatoriale-patriarcale. Une force que l’évolution des mœurs a sensiblement entamée, dont les hommes dominants ont été petit à petit privés et qui, rendus impuissants, les a amenés, en dernier recours, à devenir des bourreaux dans leur propre famille.
Il surgit de ce film douloureux et de ses personnages écorchés vifs et malmenés par l’existence, une tendresse qui pourrait bien réinventer les sentiments adoucis et l’humanité…
Francis Dubois

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