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Un film de Jane Campion (Grande Bretagne-Australie)

"Bright Star" Sortie en salles le 6 janvier 2010

En 1818, à Londres, le jeune poète John Keats tire le diable par la queue. Fanny Brawne, sa voisine se consacre presque exclusivement à la couture et confectionne, pour son propre usage, des tenues jugées par son entourage, excentriques et prétentieuses.
Les deux jeunes gens n’ont aucune attirance l’un pour l’autre jusqu’au moment où le jeune frère de John meurt. Fanny montre à cette occasion un dévouement et une sensibilité qui troublent le jeune homme.
L’événement va les rapprocher au point que John accepte d’enseigner la poésie à Fanny dont l’amour pour le jeune homme ne va, dès lors, cesser de croître.
Lorsque la mère de Fanny et Brown, le meilleur ami de John prennent la mesure de l’attachement des deux jeunes gens, il est trop tard pour les arrêter. Leurs deux vies sont à jamais liées.

Jane Campion dont on se rappelle surtout "Un ange à ma table" en 1990 et "La leçon de piano" qui, après le choc cannois fut couvert de récompenses, réalise avec "Bright Star" une œuvre singulière d’une apparence lisse, presque esthétisante, pour mieux tenir longtemps en réserve ce que le film est en réalité, une peinture rude et cruelle de l’âme humaine.
L’amour que Fanny porte à John l’élève en même temps qu’il la détruit et John, amoureux romantique, est, malgré ses qualités, ses élans sincères, un destructeur inconscient mais acharné.
Jane Campion malmène son scénario qui aurait pu ne se prêter qu’à un récit à l’eau de rose. Elle ponctue son film de scènes qui font barrage à toute facilité et hérisse ses personnages de sentiments troubles, les égare dans un dédale se sentiments contradictoires. Les réactions de Brown, le complice et ami de John, sont-elles un simple obstacle à ce qui pourrait compromettre la force créative de John ou une jalousie aveugle qui lui dictera des comportements impitoyables à l’égard de Fanny.
On reprochera sans doute à Jane Campion son goût pour filmer un champ de jonquilles ou de jacinthes sauvages, les paysages champêtres, les façades de maisons à colombages, les intérieurs feutrés. Mais n’est-ce pas soigner l’enveloppe pour mieux révéler ce que la joliesse du monde et les bons sentiments peuvent cacher de volonté destructrice.
Si Fanny, John et Brown occupent le récit, le film est "habité" de personnages secondaires qui sont, jusqu’au plus petit, dessinés avec soin et précision et qui parviennent dans l’instant qu’on leur accorde, à occuper l’espace narratif. Ainsi la jeune sœur de Fanny, douce et rousse fillette, dont le regard aigu poursuit longtemps. Ainsi son jeune frère qui la chaperonne avec une insistance presque équivoque. Ainsi sa mère dont la personnalité réelle n’est jamais complètement révélée…
"Bright Star" fut le grand oublié du palmarès de Cannes 2009. Ce film fiévreux et terriblement actuel qui raconte un épisode de la vie de John Keats, l’un des plus grands poètes romantiques anglais méritait largement d’être cité lors de la soirée de clôture.
Francis Dubois

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