Actualité théâtrale

Du 1er au 8 février 2014 au Théâtre Nanterre-Amandiers

« Britannicus » Reprise du spectacle présenté en fin d’année 2013 à Nanterre

Dès le lever de rideau, le palais de toutes les intrigues s’impose au regard : une vaste scène où Agrippine, mère de l’empereur Néron, fait le constat amer d’un fils qui la fuit et la prive de son rôle et du pouvoir auquel sa lignée familiale l’a promise. Une large ouverture sur un mur de brique en fond de scène, de petites ouvertures latérales invitent à imaginer ce qui se passe derrière la scène. Un empereur, torse nu sous un manteau rouge, observe ses proies, des amoureux tentent de se rencontrer hors de son regard, une impératrice s’emploie à tisser des réseaux qui lui permettraient de retrouver son pouvoir, des conseillers interviennent, Narcisse flatteur et sournois, Burrhus plus direct, parfois maladroit, mais plus clairvoyant qui pressent en Néron le tyran qui fait ses premières armes.
Lorsque Racine écrit Britannicus, il montre qu’il n’est pas que le peintre de l’amour galant, comme le prétendaient les partisans de Corneille. Il relève le défi en mettant en scène une tragédie politique romaine sur la question du pouvoir. Britannicus nous passionne parce que les personnages ne sont pas monolithiques. Ils nous laissent dans l’incertitude d’une scène à l’autre. Néron semble décidé à gagner Junie, mais il hésite, semble écouter sa mère et pourtant finit par tuer Britannicus. Agrippine pense qu’elle a convaincu son fils et comprend finalement que sa créature lui a échappé. Burrhus espère que Néron finira par être un bon empereur, mais révèle ses doutes à la fin.
Certaines mises en scène ont plutôt mis l’accent sur les passions qui s’affrontent, d’autres sur la quête du pouvoir. Jean-Louis Martinelli veut tenir la balance égale entre ces deux options. Il écrit « L’intérêt de la pièce réside bel et bien dans l’observation de ces mécanismes qui font que les comportements passionnels conditionnent la quête du pouvoir mais que son exercice exige la maîtrise des débordements de la passion ». Néron aurait pu être un bon empereur, mais par le jeu des passions, politique et amoureuse, il devient un tyran, un monstre.

Alain Fromager incarne un Néron inquiet et calculateur. Il dit à Narcisse : « C’en est fait, Néron est amoureux », mais le tyran est bien là, manipulateur brutal et sadique, qui se réjouit des larmes de Junie et qui jouit beaucoup plus à l’idée de déposséder de cet amour son demi-frère avant de l’éliminer, qu’à celle de posséder Junie. Anne Benoit, qui a joué sous la direction des plus grands metteurs en scène, incarne une Agrippine en qui amour maternel, orgueil et ambition entrent en conflit. Touchée par l’éloignement de ce fils qu’elle croyait sa créature dévouée, elle n’entend pas être dépossédée de son pouvoir et laisse l’ambition l’emporter. Anne Suarez en Junie, avec sa blondeur et sa robe blanche et Eric Caruso, en Britannicus candide et imprudent, constituent le contrepoint à la noirceur de Néron et de sa mère. Grâce à eux, on se laisse réenchanter par la beauté et la poésie de la langue de Racine.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com
images de mise en scène par Jean-Louis Martinelli sur http://www.franceinter.fr/evenement-britannicus

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Croustilleux La Fontaine »
    La Fontaine n’a pas écrit que des fables devenues, à juste titre, monument national et dont on ne cesse de pointer les visées morales plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Rappelant que «... Lire la suite (8 juillet)
  • Le maître et Marguerite
    Nous avions présenté cette pièce ici : « Le maître et Marguerite » Vous pourrez la retrouver en Avignon, dans le OFFLire la suite (7 juillet)
  • Kiki, le Montparnasse des années folles
    Cette pièce est reprise au théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris. Jusqu’au 29 juillet du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h. retrouvez la critique ici : « Kiki »... Lire la suite (7 juillet)
  • « Convulsions »
    Convulsions revisite un épisode de la tragédie de Sénèque, Thyeste . Atrée et Thyeste ont assassiné leur demi-frère, après lui avoir infligé des tortures terrifiantes. La barbarie gagne la relation... Lire la suite (6 juillet)
  • Comédiens
    cette pièce, présentée ici « Comédiens » est prolongée du mardi au samedi à 21h et le samedi à 16 h au théâtre du Ranelagh. Elle sera reprise ensuite à partir du 2... Lire la suite (6 juillet)