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Un film de Rufus Norris (Grande-Bretagne)

"Broken" Sortie en salles le 22 août 2012

Skunk, une fillette de 11ans, bien que diabétique, est rayonnante et pleine de vie.

Jusqu’au jour où elle assiste à un acte de violence contre un de ses voisins, un jeune homme fragile et simplet.

Confrontée à l’injustice, désormais exposée au danger et à la peur, elle voit ses certitudes heureuses de l’enfance disparaître.

Pour Rufus Norris, metteur en scène de théâtre et d’opéra , "Broken " est la première réalisation cinématographique.

Il a été séduit par le beau et émouvant récit du roman de Daniel Clay au point de passer le pas.

Les dangers d’une telle adaptation fourmillaient, d’autant plus qu’il s’agissait tout à la fois de travailler sur le regard d’une enfant sur le monde à découvrir et sur la peinture d’une vie de quartier dysfonctionnelle, sans tomber dans le manichéisme.

Car " Broken" est un film choral dont chaque élément narratif représente un film dans le film, l’un lié à l’autre par un fil ténu qui finit pas tisser une construction générale dramatique où se mêlent autant de tendresse qu’une redoutable violence.

Il résulte de la façon dont Rufus Norris conduit son récit une inquiétude constamment entretenue par les angles de filmage, la musique ou l’enchaînement serré des séquences. L’angoisse et la peur s’invitent, entretenues par les comportements fragiles, violents ou asociaux des protagonistes.

Le récit dénonce-t-il une méchanceté latente dans les comportements les plus quotidiens ou au contraire, une recherche déguisée de reconnaissance et d’amour ?

Rufus Norris construit parfaitement son puzzle mais était-il nécessaire de "hâter" ainsi le récit, de prendre le parti d’une vivacité narrative extrême qui à force, prend le pas sur l’enchaînement des situations.

La presque superposition des séquences, le passage hâtif d’un personnage à un autre, d’une histoire à l’autre, la mise en place d’un nouveau danger sitôt le précédent consommé ou évacué bousculent parfois l’évolution de l’histoire.

Faut-il voir dans cet acharnement à laisser poindre le pire dans une scène comme celle de la première journée de collège de Skunk, la volonté de souligner une méchanceté ordinaire latente sans cesse menaçante, ou le tracé d’un imaginaire faussé par le traumatisme ?

Il n’en demeure pas moins que Rufus Norris réalise, à force de s’acharner à tenir sa ligne narrative même dans les excès et dans les défauts, une œuvre singulière douloureuse et attachante.

Avec son film, il entre dans le clan du cinéma réaliste social britannique et rejoint dans sa démarche, même si son tracé narratif s’en démarque, des cinéastes comme Alan Clarke, Ken Loach ou Mike Leigh.

Les comédiens sont tous épatants et quand on quitte la projection, on est longtemps hanté par le visage empreint de l’étrange mélange d’inquiétude et de joie de vivre de la jeune Eloise Laurence, remarquable.

Francis Dubois

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