Budget et rentrée 2019

Budget 2019 : bas les masques

Après une communication laissant entendre que l’Éducation nationale serait épargnée puis l’annonce d’un solde de 1 800 suppressions d’emplois et de crédits en hausse de près de un milliard , les masques sont tombés à l’issue du conseil des ministres du 24 septembre.

Avec la perspective de 50 000 suppressions d’emplois sur le quinquennat dans la fonction publique d’État, dans laquelle l’Éducation nationale pèse pour près de la moitié, il était en effet improbable que cette dernière échappe à la ponction.

Second degré public : - 2650 emplois

Après les 2 600 suppressions d’emplois de stagiaires de 2018, le second degré paie à nouveau un lourd tribut aux restrictions programmées par le projet de loi de finance : 2 650 emplois d’enseignants en moins dans les collèges et lycées publics alors même que 30 000 élèves de plus sont attendus pour la prochaine rentrée.
Les justifications alambiquées du ministre reprennent en partie celles de l’an dernier où il assurait « …nous prenons en compte le niveau réel des recrutements en 2017. [Cette] diminution n’aura pas d’impact sur les moyens d’enseignement, qui seront stabilisés dans le 2nd degré public et privé ». (voir graphiques en pj)

Des heures supplémentaires viendraient compenser les suppressions d’emplois. Or, les suppressions d’emplois de l’an dernier n’ont vraisemblablement pas été complètement compensées sur le terrain et, pour 2019, l’augmentation prévue des crédits d’heures supplémentaires équivaut à moins de 700 postes à temps plein : on est bien loin du volume des suppressions annoncées.

Cette année, alors que tout le monde a bien compris qu’il s’agissait de faire des économies substantielles tout en renonçant à faire face à la crise du recrutement, les justifications du ministre évoluent en peu : « La logique du gouvernement est de rompre avec une politique quantitative souvent uniforme, inflationniste et pour laquelle les résultats des élèves ne sont pas au rendez-vous ».

De l’utilité de la réforme

Alors que dans les lycées, les informations sur la préparation de la rentrée 2019 commencent à circuler, il se confirme que les dotations seront en baisse, à effectifs d’élèves constants. Cela va conduire à une réduction de l’offre de formation, les enseignements optionnels étant comptabilisés dans la marge horaire, et à une hausse des effectifs des groupes que ce soit pour les disciplines du tronc commun ou les enseignements de spécialité.
La réforme va donc bien être l’un des instruments des restrictions budgétaires. Pour elles « les résultats seront au rendez-vous » !
Mais la question des effectifs de classe dans le second degré n’est toujours pas un sujet pour le ministre alors que les taux d’encadrement s’y dégradent d’année en année, y compris dans l’éducation prioritaire.

Crédits du second degré en baisse

Le budget hors pensions passe de 50,1 Mds € à 51,1 Mds € pour la partie « enseignement scolaire ». Mettant en avant cette augmentation qui apparait importante, le ministre prétend qu’elle est la preuve que les suppressions d’emplois du second degré ne remettent pas en cause la qualité de l’enseignement, ni le niveau de rémunération des personnels.
Mais une analyse un peu détaillée du projet de loi démontre tout le contraire.
L’évolution du budget en euros constants est significative : après la difficile remontée de 2012 à 2017, les budgets stagnent, et celui du second degré public sera même en régression : +1,28% en € courants avec une hypothèse d’inflation d’au minimum 1,3 % pour 2019.
L’augmentation globale des crédits du second degré intègre par ailleurs ceux qui jusqu’alors étaient pris en charge par le ministère du travail pour la rémunération de contrats aidés. Pour tenir dans cette enveloppe, le ministère va donc rogner sur tous les crédits, à commencer par le report des mesures PPCR qui auraient dû être mises en œuvre au 1er janvier 2019 et bénéficier à tous.

En prétendant que « le développement des heures supplémentaires constituera un levier important d’augmentations individuelles des rémunérations », il dit en fait qu’il n’est plus question de revalorisation générale trop coûteuse mais d’un salaire qu’il veut de plus en plus individualisée et au « mérite ».

Le 12 novembre sera l’occasion pour la profession d’affirmer la nécessité d’un budget à la hauteur d’une véritable ambition pour l’école.

Second degré public :

- 2 650 emplois enseignants : -2 250 emplois de titulaires, -400 emplois de stagiaires,
- 400 emplois d’administratifs

Premier degré public :

+ 1 800 emplois enseignants : + 2 850 emplois de titulaires, -1 050 emplois de stagiaires

Enseignement privé

- 550 emplois enseignants (premier ou second degré)

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