Actualité théâtrale

Théâtre de la Tempête, jusqu’au 25 octobre 2012

"Bug !" de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien - Mise en scène Philippe Adrien.

Charline et Arthur sont deux brillants et jeunes informaticiens qui s’apprêtent à recevoir en grandes pompes, à Versailles, le grand prix international de logiciels.
Mais, au moment de présenter leur création au public, se produit un bug qui les transforme en chimpanzés. Pour redevenir des humains, il ne leur reste plus qu’à partir à la chasse au bug, le débusquer et le détruire.
Cette chasse au bug est l’occasion, pour les auteurs de la pièce, Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien, d’un voyage dans l’espace et le temps, depuis l’Afrique et le drame du Rwanda jusqu’au faste de Versailles en son époque, en passant par la steppe africaine, un rappel des génocides et le camp d’Auschwitz…

Photo Antonia Bozzi

En ratissant large, les deux auteurs, s’appuyant pour les décors, sur un dispositif vidéo d’envergure, conduisent leur narration comme une vaste fresque aux multiples épisodes qui donne un spectacle aussi surprenant et spectaculaire qu’ont pu l’être, au début des années cinquante, les premiers films en cinémascope.
"Bug !" est une comédie délirante dont le foisonnement et l’excès de références en sont à la fois les qualités et les défauts.
Si l’on est subjugué par le spectacle que nous offre à voir Philippe Adrien, avec une profusion de vidéos magnifiquement utilisées, on se perd un peu dans l’entrelacement des pistes où nous conduit un récit ambitieux aux multiples questionnements.
On s’y interroge à propos de la colonisation, des deux guerres mondiales, de la Shoah, du Rwanda, de la "razzia néo-libérale" de la société du spectacle et de la consommation.
Les débordements d’une technologie galopante finiront-il par faire de nous des mutants et la recherche médicale, aux mains de savants obnubilés par la seule finalité de leurs travaux, n’est-elle pas un danger latent.
Le projet humain coupé de sa condition originelle, mortelle et sexuée, serait-il assimilable à un programme informatique ?
Où conduirait l’objectif atteint d’arriver à une perfection par la technologie ? Le projet nazi n’était-il pas de ce désir de vouloir atteindre à la perfection ?
Mais ce n’est pas tout. Dans "Bug !", les références sont multiples. On y croise, qui mettent leur grain de sel dans des sujets d’actualité, un Houellebecq génial et bafouillant, un Jean Genet ressuscité pour une remise de prix et une grand’mère frappée d’Alzheimer sur son lit d’hôpital qui fait penser à Winnie de "Oh ! Les beaux jours".
La beauté et l’efficacité des "décors-vidéo" font oublier les enchaînements parfois "hasardeux" des séquences, les ruptures de ton un peu abruptes et les sinuosités du fil conducteur de la pièce.
Du grand spectacle, toutefois.
Francis Dubois

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie route du Champ-de-manœuvre 75 012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 28 36 36 / www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)