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Un film de Lee Chang-Dong (Corée du Sud)

« Burning » Sortie en salles le 29 août 2018.

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier retrouve par hasard, Haemi, une ancienne voisine dont il était proche mais qu’il avait perdu de vue depuis des années.

Même s’il a du mal à la reconnaître, il tombe immédiatement sous son charme.

Jongsu qui vient de finir ses études et qui envisage de devenir écrivain, accepte de nourrir le chat de la jeune fille pendant qu’elle effectue un voyage à l’étranger .

Lorsqu’ Haemi rentre de son séjour en Afrique, elle est accompagnée de Ben, un jeune homme riche et mystérieux dont elle dit avoir fait la connaissance au cours d’une longue escale forcée.

Cinéma : Burning

Les trois jeunes gens se revoient régulièrement et finissent par former un triangle amoureux d’autant plus surprenant que la personnalité des deux garçons et leur origine sociale sont très différentes.

Le film de Lee Chang-Dong s’engage cependant dans cette voie narrative même si d’imperceptibles faits sont, au moment de la rencontre triangulaire, déjà venus contrarier la linéarité du récit.

Le chat que Yongsu est venu nourrir régulièrement est resté invisible(existe-t-il ?) et on peut se demander comment Haemi, qui vit de petits boulots occasionnels, a pu financer un voyage en Afrique, forcément très onéreux. La rencontre de Haemi avec Chen fut-elle fortuite ou bien Chen qui a un train de vie plus que confortable a-t-il, dès le départ, accompagné la jeune fille ?

Dès lors le récit ne cessera de s’émailler de digressions et d’événements qui s’entrechoquent, dont la multiplication remettra très vite en question le postulat de départ du scénario.

Quelle importance Yongsu doit-il accorder aux révélations de Chen lorsque celui-ci lui confie que très régulièrement, il incendie des serres disgracieuses qui encombrent de défigurent les paysages ?

S’agit-il de sa part d’un choix politique ou d’un caprice émanant d’un jeune homme trop choyé par l’existence ?

Le disparition subite de Haemi que Yongsu vit comme une profonde souffrance semble laisser Chen indifférent au point que, l’ayant immédiatement remplacée, il semble avoir rayé de sa vie l’existence de la jeune fille,

Et lorsque Yongsu se raccroche à Chen pour retrouver trace de Haemi, celui-ci devient introuvable, et Yongsu n’a plus, pour tenter de le retrouver, qu’à guetter le prochain incendie d’une serre qui ne se produit pas.

Et quand il tente de pénétrer dans l’appartement de la jeune fille disparue à la recherche d’un indice, la gardienne de l’immeuble nie la présence d’un chat dans l’appartement puisque le règlement interdit toute présence animale dans les murs.

Et pour mieux jeter le trouble dans le déroulement du récit, apparaissent en total contraste, les personnages du père de Yongsu, un agriculteur irascible dont des actes de violence le conduisent à une condamnation et celui de sa mère passée pour morte mais qui, en réalité, a disparu depuis des années.

La force du film de Lee Chang-Dong est dans la composition d’un récit qui, bien que fonctionnant sur de constantes digressions, sur un effet « d’ardoise magique » et sur des tonalités cinématographiques contrastées, allant du film de genre au récit psychologique en passant par le fait divers, demeure de bout en bout d’une totale homogénéité.

Elle est tout autant dans le fait qu’au cours du récit, le réalisateur nous a fait oublier que Yongsu se destine à une carrière d’écrivain. Et cela d’autant plus facilement que rien, dans la personnalité du garçon, dans son comportement, ne laisse présager un tel choix d’avenir.

Il faut avoir largement avancé dans le récit pour découvrir que ces constants aller-retour entre réalité et imaginaire, ces constantes digressions ne sont chez Yongsu qu’une exploration de la matière dont il a besoin pour écrire son premier roman.

« Burning » n’est ni un exercice de style, ni un film malin, c’est une œuvre forte qui est «  embrasé(e) par une intense fièvre même s’il n’y brûle pas grand chose « ».

En choisissant d’adapter une nouvelle d’Haruki Murakami qui présente peu d’aspérités narratives, Lee Chang-Dong a pu réaliser une œuvre d’envergure qui est à la fois d’une totale liberté et d’une grande exigence formelle.

Francis Dubois

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