Autour du Jazz

Beurré ?

« Butter in my Brain », Claudia Solal/Benjamin Moussay

« Butter in my Brain » est un titre qui ne peut qu’interroger. Fernand Raynaud aurait dit « C’est étudier pour », bien évidemment. Un titre original introduit à un monde bizarre, étrange, onirique. Si on se risque à une traduction pour épaissir le mystère, on trouve littéralement « du beurre dans le cerveau ». Pour graisser les rouages d’un muscle le plus mystérieux de notre anatomie. Il en a besoin. La communication dégouline, la publicité envahit les neurones, la place et la plasticité manquent pour de nouvelles visions, de nouveaux paysages. To butter veut dire aussi « passer de la pommade à quelqu’un ». Faudrait-il donc passer de la pommade à notre cerveau pour lui demander d’avoir l’obligeance de s’ouvrir à des expériences inédites ?

Claudia Solal, voix, et Benjamin Moussay, claviers, s’y emploient passant de l’herbe aussi verte – que l’an dernier, d’avant le réchauffement climatique ? – aux arbres verts qui font surgir des rêves transfigurés, des images diverses, des bruits bizarres, des échos de musiques anciennes tressées par des instruments technologiquement avancés pour faire se réunir plusieurs mondes, plusieurs mémoires. Le jazz n’est jamais loin pour permettre une synthèse toujours contestée, toujours remise en cause.

Jazz : Solal/Moussay

A la première écoute, le dépaysement est total. Une entrée dans un paysage d’une planète inconnue qui a des aspects de la terre sans que personne n’en soit sûr. Sommes-nous revenus aux premiers temps du monde ? Quelque chose d’un hymne à la nature perce de cette musique qui se veut minimaliste. Comme un soupir d’un univers qui ne connaît que le gris et voudrait renouer avec le soleil, avec la lumière pour se sentir léger.

Des écoutes successives laissent percer des références, des histoires. Qui s’évadent dans le vent tout en continuant à nous murmurer des confessions pour accrocher à notre cerveau désormais ouvert et bien beurré des voyages immobiles toujours plus lointain.

Proposer une musique, des paroles en anglais originales est un pari dangereux. Le relever procurera à chaque auditeur le plaisir de la découverte. C’est suffisamment rare pour tenter l’aventure.

Nicolas Béniès.

« Butter in my Brain », Claudia Solal/Benjamin Moussay, Abalone/l’autre distribution.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • « Memphis Slim 27 mai 1961 »
    Memphis Slim ? Le nom de ce bluesman sonne tellement parisien que tout-e amateur-e de piano, de blues, de boogie woogie français semble tout connaître et avoir tout entendu de ses enregistrements... Lire la suite (30 octobre)
  • « Stan Getz 1959 »
    Janvier 1959, la Ve République fait ses premiers pas, la guerre d’Algérie se poursuit et Paris se donne des airs de capitale du jazz. Stan Getz in Town, « The Sound » en personne est à Paris. Les... Lire la suite (30 octobre)
  • « Early In The Morning »
    « Early In The Morning » - titre de l’album du tromboniste Samuel Blaser – est un tic de langage du blues. Tôt le matin, mal réveillé, la gueule de bois après avoir partagé sa couche avec « Mr Blues »,... Lire la suite (29 octobre)
  • « The Lion And The Tiger »
    Deux sessions – remastérisées et complétées par des inédits – sont l’objet de ce coffret de deux CD pour une rencontre entre deux mémorialistes du jazz et de Harlem. Le pianiste Willie « The Lion » Smith... Lire la suite (29 octobre)
  • « French Touch »
    Stéphane Kerecki, contrebassiste, a des amours partagées. Jazz, pop, rock – tout autant, sans doute que des compositeurs modernes – sans oublier le cinéma et ses musiques. Dans son avant dernier... Lire la suite (28 octobre)