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Un film de Hicham Lasri (Maroc)

"C’est eux, les chiens" Sortie en salles le 5 février 2014.

Majhoul a passé trente années dans les prisons marocaines pour avoir manifesté en 1981, lors des "émeutes du pain".

Il en ressort en plein Printemps arabe mais pour l’état civil, il est décédé et pour preuve, il peut, s’il le souhaite, aller se recueillir sur sa tombe.

Une équipe de télévision voit la possibilité d’un sujet à sensation dans la singularité du cas et dans le passé du personnage.

Majhoul qui n’a qu’une idée en tête, retrouver sa femme, ses enfants et offrir à son fils le stabilisateur de vélo qu’il s’apprêtait à lui acheter lors de son arrestation, va entraîner le journaliste et son cameraman dans une folle équipée à travers une Casablanca en ébullition.

Comment cet Ulysse contemporain va-t-il parvenir à se frayer un chemin pour trouver sa nouvelle place dans une société arabe tiraillée entre conservatisme et soif de liberté ?

L’idée de départ du film était prometteuse. Mais elle n’est vraiment traitée à hauteur de son sujet que dans la deuxième moitié du film quand, enfin l’image se calme et qu’elle laisse toute sa place au personnage de Majhoul.

Hicham Lasri a été opérateur sur son film et il a tenu à cadrer lui-même tous les plans. Pour donner à l’image l’impression du chaos où est plongée la ville, il a fait le choix malheureux de la faire bouger exagérément, de compliquer et de décupler le bruitage, de laisser se superposer les dialogues.

Or, ce "désordre" ne sert en rien son intention. Il n’a d’effet que de rendre le propos du film confus sans jamais donner aux séquences, le caractère haletant souhaité.

Fort heureusement l’image finit par se calmer et lorsque les personnages sont enfin repérables à l’écran, le récit se recadre.

Hicham Lasri a-t-il fait le bon choix quand il n’a pas voulu traiter son sujet sous l’angle du militantisme mais "comme un match de foot" ?

Ce parti-pris apporte-t-il la distance qu’il a voulu donner à son propos ? L’ironie qu’il a voulu y mettre est-elle évidente ?

On comprend peut-être mieux le sens de sa démarche quand il dit, à propos du Printemps arabe, qu’être dans la rue était pour de nombreux manifestants, une façon "assez rock" de dire les choses et que souvent les manifestants oubliaient ce pourquoi ils manifestaient, que les mouvements de masse privés de considération idéologique sont parfois portés par une force d’inertie et qu’il régnait parfois dans la rue, un "esprit hooligan".

Du coup "C’est eux les chiens" ne trouve pas vraiment son identité. Est-ce une comédie (c’était une piste intéressante) ou une tragédie ?

Pas facile à dire.

Francis Dubois

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