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Un film de Marc Recha (Espagne)

"C’est ici que je vis" Sortie en salles le 10 février

Arnau, dix sept ans, est un garçon solitaire. Il vit chez sa sœur dans la banlieue de Barcelone et consacre le plus clair de son temps à sa passion, l’élevage de canaris destinés à des concours de chants d’oiseaux.
Avec l’argent qu’il gagne grâce à cette activité, il espère pouvoir engager un avocat qui aidera sa mère à sortir de la prison où elle purge une peine.
Son oncle Ramon, habitué des cynodromes, l’initie au jeu et Arnau voit dans cette nouvelle activité l’occasion d’arrondir son pécule…
Il est difficile de dissocier le récit du film de Marc Recha, de Valbona, le lieu où il le situe. Valbona, se trouve aux abords de Barcelone, dans une zone montagneuse. C’est un endroit, qui, s’il est en pleine mutation, destiné à devenir l’une de ces zones industrielles qui défigurent les abords des grandes villes, contient encore des lieux intacts de campagne authentique. Cet espèce de no man’s land est un îlot provisoirement préservé qui semble oublié pour l’instant des citadins et des promoteurs. Le fleuve Besos le traverse avec sa végétation sauvage et foisonnante.
La maison qu’habitent Arnau et sa sœur est encore entourée d’un jardin à l’ancienne et au beaux jours, on y prend ses repas sous la tonnelle.
Ce lieu épargné, presque anachronique, convient parfaitement comme cadre de vie au personnage d’Arnau, garçon silencieux attaché aux choses de la nature et qui se passionne non seulement pour les oiseaux qu’il entraîne au chant mais pour la faune en général, ces espèces en voie de disparition auxquelles il est attentif et dont il souhaite prolonger l’existence.
L’oncle Ramon, sans qui la famille ne pourrait peut-être pas subsister, apparaît comme le premier prédateur inconscient du récit, celui qui, en faisant découvrir à Arnau le plaisir du jeu et du gain va pervertir l’innocence jusque là restée intacte du garçon. Le second prédateur est le renard qu’Arnau recueille un jour, à moitié noyé, qu’il sauve de la mort et apprivoise.

L’un et l’autre ne sont peut-être que les signes avant coureurs de la disparition prochaine, du sacrifice de ce lieu encore épargné.
Marc Recha, s’il semble nostalgique d’une époque révolue, de paysages non domestiqués, de cette liberté qui émanait des charmes d’une campagne préservée, se pose avec une douceur narrative touchante et désespérée en témoin de la fin d’une époque. Il observe avec justesse la menace qu’opère le monde moderne, sa façon insidieuse de venir à bout des derniers bastions de liberté. Son récit échappe à toute agressivité, à toute logorrhée moralisante. Il se contente d’une constat, de suivre au travers des chemins entre les herbes folles la silhouette nonchalante mais déterminée d’Arnau, peut-être un des derniers représentants d’une époque déjà depuis longtemps révolue.
Francis Dubois

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