Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 avril au Théâtre de l’Épée de Bois

« C’est la faute à Le Corbusier ? »

La jeune Nathalie prépare un documentaire sur la réhabilitation des logements sociaux dans sa ville. Elle rencontre Madame le Maire et va rejoindre son père, un Brésilien fougueux, gardien dans la cité. Au même moment celui-ci reçoit, dans le local social où répète un groupe de jeunes musiciens, les deux architectes qui concourent pour la réhabilitation. Il a bien l’intention de les obliger à écouter les habitants. Devant les spectateurs s’engage un débat contradictoire sur les grands ensembles, les tours, les diverses conceptions du logement social et des projets d’urbanisme.

Louise Doutreligne, jeune auteure plusieurs fois primée pour ses pièces, s’est intéressée à ces questions et s’interroge sur les choix d’urbanisme qui sont faits dans notre pays. L’extension de la ville est-elle inéluctable, comment construire plus, que construire, l’architecte et le maire peuvent-ils décider seuls ? Les grands ensembles sont-ils nés de la seule imagination des architectes, le béton est-ce forcément laid, faut-il détruire ou réhabiliter ? Il n’est pas commun que ces thèmes soient abordés au théâtre, que soient convoqués Le Corbusier, Niemeyer et Rem Koolhaas et que l’on s’interroge sur les questions économiques et sociales liées à l’habitat. Mais n’est-ce pas justement une des fonctions du théâtre que de s’interroger sur les questions qui agitent les citoyens ? Restait une question, comment théâtraliser le sujet ? C’est ce qu’a bien réussi Jean-Luc Paliès. Les débats entre les deux architectes, l’un plutôt sûr de lui et ne reconnaissant pas les erreurs commises, l’autre plus enclin à la concertation, alternent avec des séquences de films et des pauses musicales avec une bonne chanteuse de jazz, Ruth M’Balanda. La représentation tisse les moments où s’impose la parole des comédiens, ceux où des résidents des grands ensembles ou de la Cité Radieuse s’expriment dans les séquences vidéo et ceux où c’est la musique qui offre des phases de respiration et de réflexion. L’ensemble est enlevé, la parole circule vite et il y a des moments très drôles.
Au final, la discussion vive et passionnée engage le spectateur à affiner son point de vue et à être prêt à s’engager sur cette question très politique de l’habitat.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 18h
Théâtre de l’Épée de Bois
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 08 39 74

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