Actualité théâtrale

à la Manufacture des Abbesses

"C’est pas la fin du monde" Jusqu’au 23 juin

Ils sont quatre, un couple, le frère de la femme et son ex, grande amie de sa belle-soeur, ils ont la quarantaine. Égoïstes, consuméristes, préoccupés d’écologie, à condition que cela ne leur complique pas trop la vie, ils avancent dans la vie, ballottés par les oscillations du cœur et du désir, les soucis liés aux enfants et à leur carrière professionnelle malmenée par la crise.

Le petit microcosme qui s’agite sous nos yeux, imaginé par Carlotta Clerici, une jeune auteure qui avait connu le succès l’an passé avec Ce soir j’ovule, est un bon reflet de notre société. Il y a l’homme d’affaires, sûr de lui, son beau-frère, un artiste qu’il méprise et qui cherche à oublier son mal de vivre dans l’alcool, il y a la femme du premier, consumériste acharnée, et l’ex du second qui en est à son second divorce et cache son mal-être dans un militantisme écologique radical. Á travers la succession des scènes, c’est le désordre des sentiments et une certaine difficulté à vivre qui transparaît. Comment résister à l’usure du couple, à quels petits et grands arrangements est-on prêt pour satisfaire son désir et pour maintenir ses valeurs ? Et l’argent dans tout cela ? Pourtant, en dépit des épreuves et des tourments les personnages arrivent à relativiser leur situation, ainsi que l’indique le titre de la pièce, et à faire confiance à la vie.

Droits - Attilio Marasco

C’est sur le ton de la légèreté que tout est évoqué, cela sonne juste et les répliques sont souvent drôles. Deux exemples en témoignent : « passé un certain âge, la seule solution c’est de ne pas se regarder de près » et « tu ne peux pas utiliser des couches lavables et mener une carrière professionnelle ».La mise en scène de Carlotta Clerici permet de passer avec fluidité d’une scène à l’autre. On a l’impression de passer d’un lieu à l’autre, de voir sortir les personnages par des portes différentes. Et surtout elle a choisi d’excellents comédiens. Anne Coutureau est la femme frivole, élégante, à qui tout a réussi et qui sait devenir plus grave. Pierre Deny campe son mari, sûr de lui et qui ressemble étonnamment à certains des hommes de pouvoir qui hantent l’actualité. Emmanuel Depoix campe l’artiste un peu marginal et un peu paumé dans ses sentiments. Enfin Sophie Vonlanthen a la fragilité de son personnage parvenue à un moment de sa vie où elle s’interroge sur les choix qu’elle a faits. Tous incarnent leur personnage, dont ils ont l’âge, avec un naturel confondant.

Micheline Rousselet

Les jeudi, vendredi et samedi à 21h, le dimanche à 17h.
Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, Paris 75008
Réservations : 01 42 33 42 03
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La 7è vie de Patti Smith »
    Dans la banlieue de Marseille en 1976, une jeune adolescente au corps androgyne, timide et mal dans sa peau, entend lors d’une soirée entre amis un disque avec la voix de Patti Smith et son cri... Lire la suite (20 février)
  • « Les grands rôles »
    On entend une démarche boiteuse et un acteur arrive en traînant une chaise qui fait le bruit de sa canne. Le monologue de Richard III démarre et le rire aussi quand un acteur échappé de Lucrèce... Lire la suite (19 février)
  • « Fanny et Alexandre »
    Les spectateurs finissent de s’installer dans la salle Richelieu et Denis Podalydès s’avance au bord du plateau, vêtu d’un long manteau de scène, pour leur rappeler d’éteindre leurs téléphones... Lire la suite (18 février)
  • « La conférence des oiseaux »
    Il y a quarante ans Jean-Claude Carrière adaptait pour Peter Brook l’un des plus célèbres contes soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). La conférence des oiseaux raconte comment, encouragés... Lire la suite (14 février)
  • « Premier amour »
    Sami Frey reprend cette nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, qu’il avait créée il y a dix ans. On y trouve déjà l’image de ces clochards célestes que seront, dans En attendant Godot , Vladimir et... Lire la suite (7 février)