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CAPPEI : état des lieux Le Certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation incusive fait-il mieux que ses prédécesseurs ?

Certification récente dédiée à la prise en charge de l’enseignement aux élèves à besoins éducatifs particuliers, successeur du CAPA-SH (qui remplaçait lui-même le CAPSAIS, pour le premier degré) et du 2CA-SH (second degré), le CAPPEI créé en février 2017 propose une formation enrichie pour les enseignants du second degré. Pourtant, bien souvent, il effraie.

A quoi ressemble l’année de préparation au CAPPEI ?
La formation est de 300 heures, potentiellement complétées par 100 heures de MIN-ASH l’année qui suit l’obtention du CAPPEI. Elle est en principe conditionnée à l’obtention d’un poste support, ce qui suppose d’avoir participé au mouvement spécifique en fin d’année scolaire précédente.
Cette formation sur 12 ou 18 mois selon les académies comprend un tronc commun de 144 heures comportant 6 modules obligatoires, deux modules d’approfondissement au choix (104 heures) et un module de professionnalisation dans l’emploi de 52 heures. Un tuteur suit le candidat.
Le candidat passe trois épreuves : a) une séance pédagogique de 45 minutes suivie d’un entretien de la même durée ; b) un entretien sur sa pratique professionnelle à partir d’un dossier (15 minutes de présentation, 45 minutes d’entretien) ; c) la présentation d’une action conduite qui témoigne de sa capacité à être personne ressource en matière d’éducation inclusive et de sa bonne connaissance des modalités de scolarisation des élèves BEP (présentation de 20 minutes suivie de 10 minutes d’entretien).
Textes réglementaires au BOEN du 16 février 2017 : voir ici.
Les personnels titulaires CAPPEI et en poste ont par ailleurs accès à une indemnité.

Que retenir du bilan sur la session 2017-2018 du CAPPEI paru cet été ?

A. Une grande disparité pour les tuteurs selon les départements
Le bilan de la session 2017/2018 montre qu’un effort d’harmonisation reste à faire au niveau national sur les point suivants :
1) le nombre de stagiaires par tuteurs (qui varie de 1 à 2 selon les départements)
2) la rémunération des tuteurs : dans certains départements les tuteurs ne sont pas payés plus s’ils suivent deux stagiaires. La note 2019-06-26 (voir pièce jointe) apporte une première réponse et prévoit une fourchette comprise entre 500 et 700 euros par stagiaire, selon le « niveau d’expertise des intervenants ou du public destinataire », le nombre de stagiaires et le nombre de jours de formation.
3) le remboursement des frais de déplacements des tuteurs (dans beaucoup de cas ils ne sont pas remboursés).

B. Une formation à repenser ?
Parmi les motifs d’abandon relevés, la difficulté des épreuves et la difficulté à gérer la formation CAPPEI en "alternance" (gestion de classe + formation) interrogent sur la pertinence de la formation elle-même. Le CAPPEI prend parfois l’allure d’un parcours du combattant dont les candidats sortent anormalement éprouvés.
Ce rapport met en exergue un chiffre étonnant : 50% seulement des candidats ont suivi la formation complète. Là encore, cela interroge sur les modalités mêmes de la formation.
D’autre part, il ressort que les modules "Grande difficulté scolaire, module 1" et "Troubles des fonctions cognitives" sont très largement choisis. Ce qui signifie que des champs de spécialisations restent sous-alimentés. Il faudrait pouvoir comparer cette préférence aux besoins en postes d’enseignants spécialisés selon les profils d’élèves à accompagner. 

C. Une formation trop sélective ?
Le taux de réussite au CAPPEI est de 69% pour les candidats ne bénéficiant d’aucune mesure (détenteurs du 2 CA-SH et candidats déjà en poste ASH en 2017).
On remarque une très grande disparité entre les départements : alors que 100% des candidats ont obtenu le CAPPEI en Vendée, 29% seulement l’ont obtenu en Haute-Savoie. Cette disparité pose la question de l’équité d’évaluation des candidats au niveau national.

Notre avis
Certes, la création du CAPPEI constitue un pas en avant pour les professeurs du second degré dans la mesure où elle s’accompagne d’une formation plus fournie. Mais le CAPPEI reste destiné aux collègues se destinant à l’enseignement spécialisé. Or la promotion de l’école inclusive passe par la formation de tous les enseignants. Tous les professeurs enseignent désormais à des élèves à besoins éducatifs particuliers. Tous ont donc besoin de bénéficier d’une formation de qualité sur ces questions.

1) Cela implique de rendre accessible la passation du CAPPEI au plus grand nombre de collègues. Tout poste devrait être susceptible d’être un poste support de formation dans la mesure où les choix de spécialités restent cohérents avec le profil des élèves suivis l’année de la passation. Il paraît tout à fait envisageable d’organiser les services au sein d’un établissement en attribuant à un collègue une classe dans laquelle se trouvent des élèves dont le profil correspond aux modules retenus. Le CAPPEI, à l’heure de l’inclusion, ne doit pas avoir pour finalité le seul enseignement spécialisé.

2) Cela induit d’entamer une politique incitative, dans laquelle les candidats sont épaulés et non découragés, accompagnés vers la réussite plutôt que laissés dans l’angoisse d’un succès très incertain, et soumis à des conditions de formation qui font de l’année de passation un moment stimulant d’accroissement des qualifications et non une course à obstacles dont on sort découragé et éreinté.

3) Cela nécessite aussi une harmonisation nationale qui assure l’égalité des candidats face aux jurys, quelque soit le département de passation des épreuves.

Attention :
Le CAPPEI ne permet pas d’enseigner aux élèves allophones, qui font pourtant partie des élèves BEP. L’enseignement du FLS fait l’objet d’une certification distincte.

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