La défense des droits humains

COVID-19 : vigilance à tous les étages

Le gouvernement souhaite développer une application qui utilisera le traçage et la géolocalisation pour repérer les malades du Covid-19. Une démarche qui ne va pas sans poser de questions, éthiques et politiques. Il en est ainsi de celles relatives à la santé. Profitant des légitimes inquiétudes suscitées par la dégradation des services publics, dont témoignent les mobilisations des services d’urgence, le gouvernement entonne l’air du « tourisme sanitaire » en établissant un délai de carence de trois mois pendant lesquels les demandeurs d’asile n’auront plus droit à la protection maladie universelle, ni les migrants à l’aide médicale d’État, et en créant l’obligation d’accord préalable de la Sécu pour les actes « non urgents » (ce qui peut englober une grande partie des soins).

Efficacité douteuse

Seules les mesures barrières sont à même de protéger les personnes et d’empêcher une contamination, et aucune application ne peut y aider. Savoir a posteriori qu’on a peut-être croisé une personne malade peut être anxiogène, et dans le cas d’une pandémie c’est de toute façon quasi certain. D’où la nécessité d’une vigilance permanente et de matériel adéquat.
Si aujourd’hui l’angle « sanitaire » semble légitimer absolument tout (personne ne veut être malade, personne ne veut mourir), le fait de rendre de tels moyens utilisables conduira inévitablement à ce que la question de leur réutilisation dans un autre contexte se pose de façon périodique et lancinante.
Le SNES-FSU s’alarme de la mise en place de moyens législatifs, réglementaires, policiers, techniques, et d’une expérimentation généralisée d’une surveillance massive de la population. Il réaffirme la primauté absolue des droits individuels et collectifs et l’impératif que toute restriction de ces droits soit strictement limitée.

Précédent et vigilance requise

Déjà en mars, l’opérateur téléphonique Orange avait fourni les données de ses utilisateurs sans leur consentement. Le gouvernement a ainsi pu suivre leur déplacement géographique, permettant d’estimer le nombre de personnes ayant quitté l’île-de-France avant le début du confinement.
Le SNES-FSU dénonce tout ce qui reviendrait à imposer une géolocalisation massive, notamment par la pression au consentement, comme d’autoriser des dérogations au confinement à celles et ceux qui accepteraient d’être « volontaires » pour la géolocalisation.
Au-delà, le SNES-FSU exige la protection des données et le chiffrement de toutes les données individuelles recueillies par les opérateurs téléphoniques et internet, de telle façon qu’il soit impossible de lever l’anonymat, conformément au règlement général sur la protection des données (RGPD).
C’est avant tout par le respect des mesures d’hygiène et de distanciation physique que passe la lutte contre la pandémie, pas par une nouvelle restriction des libertés individuelles.

Aurelia Sarrasin

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