Actualité théâtrale

Jusqu’au 1er février à L’Épée de Bois

« Caligula »

Alors que les Sénateurs s’inquiètent de sa disparition, Caligula jugé jusqu’alors comme un bon prince, réapparaît transformé. Après la mort de sa sœur, qui était aussi sa maîtresse, il voit que le monde n’obéît pas à ses désirs et décrète qu’il veut l’impossible, il veut la lune. Puisque le monde est absurde, et à défaut de pouvoir le changer, il va instaurer le règne de l’arbitraire et de la terreur. Il multiplie les meurtres parfois gratuits, méprise la vie, crache sur toutes les valeurs, qu’elles soient politiques, religieuses ou sentimentales, nie toute différence entre le bien et le mal. Il veut aller au bout du pouvoir, briser les Sénateurs, prendre leurs biens, l’honneur de leurs femmes, leurs vies et celles de leurs enfants. Il peut organiser la famine, puis l’arrêter, obliger les Sénateurs à fréquenter la maison close qu’il possède pour remplir les caisses de l’État, les transformer en esclaves. Il détruit tout autour de lui, il veut être le maître de tous et même de sa propre mort, se veut l’égal des Dieux. Mais en niant les hommes, l’amitié et l’amour, en se jouant de tout et de tous, en choisissant d’aller au bout de sa solitude il court à l’échec et à la mort.

Théâtre : Caligula

Emmanuel Ray propose une superbe mise en scène de la pièce de Camus. La scène est dans l’ombre, les Sénateurs sont alignés au fond, équipés de micros qui amplifient les voix, les renvoient en écho, créant une impression de chœur qui s’affole. Un plateau d’inox poli domine la scène où s’inclinent, devenant séparateurs, couperet, table, autel où Caligula se fait couvrir d’or liquide et adorer. Il tourne, renvoie la lumière, éblouit ou aveugle les spectateurs. Il est le miroir objet des débordements de Caligula, il lui renvoie à la fin l’image de son échec et celui-ci ne peut que le briser. Des sons travaillés sur ordinateur créent des ambiances qui accompagnent les sentiments et la folie de Caligula. Un piano joue en direct des fragments de compositions contemporaines dissonantes qui accentuent le climat lourd et inquiétant de la pièce. Les acteurs sont tous très bons. Mélanie Pichot est une Caesonia qui se laisse entraîner dans l’arbitraire imposé par Caligula. Elle apparaît comme la complice des basses-œuvres et se transforme en meneuse de revue lors de la prière à Vénus qu’organise Caligula pour abaisser encore les Sénateurs, les contraignant à le traiter comme un Dieu. Thomas Marceul est Hélicon, l’ancien esclave qui dénie aux conjurés le droit de juger Caligula et déclare qu’il le défendra toujours. Mathieu Genet, un ancien pensionnaire de la Comédie française, donne toute sa richesse au personnage de Caligula. Meurtrier, tortionnaire cruel, brutal, cynique, il joue avec tous comme avec les ballons de baudruche qu’il se plaît à crever, mais il fait aussi de Caligula un homme qui n’est pas qu’un tyran sanguinaire, un homme capable en dépit de tout de susciter de la compassion.

Micheline Rousselet

Du jeudi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

L’Épée de Bois

La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre

75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 08 39 74

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