Actualité théâtrale

à l’Athénée - Théâtre Louis-Jouvet, jusqu’au 5 février 2011

"Caligula" Texte d’Albert Camus, mise en scène de Stéphane Olivié Bisson

Enfant, Caligula se comportait de façon naturelle, c’est à dire tel que la nature l’avait fait, sans malice, ni hypocrisie. Il est devenu un être cynique et sans illusions lorsque Rome est devenu un lieu de terreur et de cruauté. La mort de Germanicus, son père, qui ne fut jamais élucidée et l’anéantissement de nombreux membres de sa famille laisseront en lui des traces indélébiles.
En proie à des cauchemars terribles, c’est un être aux humeurs contrastées allant sans cesse de périodes d’agitation à des moments de profond abattement.
Caligula avait, à cause de ces traits de caractère, la réputation d’un étalon fougueux qui refusait que la moindre contrariété lui fasse obstacle.
La violence et la corruption étaient entrées dans les mœurs et cet empereur d’une fausse république régnait dans un climat de délation, de suspicion permanentes liées au despotisme.
Atteint d’une calvitie précoce, les traits de son visage ingrats, il exagérait ses défauts par des jeux de physionomie aptes à créer la terreur autour de lui.
C’était un homme seul entouré de fourbes et d’assassins. De son goût du pouvoir découlait ses tentations de destructions aveugles.
Le "Caligula" d’Albert Camus est le récit d’une mort annoncée. La mort est présente tout au long de la pièce qui s’ouvre sur celle de Drusilla, la sœur de l’empereur, celle qu’il considérait comme son unique amour. Elle sera là aussi en conclusion.
Et c’est sans doute parce qu’il connaît son destin que Caligula n’aura jamais renoncé à rompre avec l’enfant qu’il fut.

En cela, la complicité entre le metteur en scène et l’interprète principal, Bruno Putzulu est parfaite. Si la mise en scène insiste sur l’esprit fantasque de Caligula, ses sautes d’humeur, ses bouffées de cruauté gratuite, elle n’en fait jamais un être atteint de folie. Et Bruno Putzulu à travers son phrasé particulier, sa gestuelle singulière, fait de Caligula une sorte de "sale gosse" prolongé, répondant à son penchant pour le caprice même lorsqu’il s’agit de commettre les pires actions.
"Caligula" nous renvoie sans cesse à notre époque et si, dans beaucoup de domaines, les changements ont été fulgurants en quelques décennies, les fonctionnements des dictateurs sont restés les mêmes.
Quelque chose saute aux yeux au moment du salut des acteurs, la pièce terminée. C’est le comportement de Bruno Putzulu qui, saisi de son plaisir d’être là, face aux nombreux rappels du public, redevient un peu Caligula, tyran sans doute mais aussi farceur et sale gosse.
C’est troublant !
Francis Dubois

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis Jouvet, 7 rue Boudreau 75 009 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 53 05 19 19
www.athenee-theatre.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La putain du dessus » Une pièce d’Antonis Tsipianitis
    « La putain du dessus » d’Antonis Tsipianitis, une pièce qui connaît un très grand succès en Grèce, retrace le destin d’une femme née dans une petite ville industrielle du nord-ouest du pays. Jeune,... Lire la suite (21 octobre)
  • « Pièce en plastique »
    Dans cette pièce écrite en 2015, Marius von Mayenburg met en scène une famille, bien installée socialement, dont il excelle à montrer les rêves avortés, les contradictions, les frustrations et le mal... Lire la suite (20 octobre)
  • « Le poète aveugle »
    Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La... Lire la suite (20 octobre)
  • « Haskell Junction »
    C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par... Lire la suite (19 octobre)
  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)