Actualité théâtrale

Théâtre Nanterre-Amandiers – Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 23 février 2013

"Calme" de Lars Norén Mise en scène Jean-Louis Martinelli

Une famille à bout de souffle. Ernst, le père alcoolique qui tient un hôtel-restaurant où plus personne ne vient, est pris à la gorge par des factures impayées. Lena, la mère, une encore belle femme est dans une période de rémission d’un cancer mais elle attend le résultat des derniers examens qui décideront de la suite.

John, le jeune fils poète-écrivain a disparu pendant plusieurs mois sans donner la moindre nouvelle et sans s’inquiéter de la maladie de sa mère. Son exubérance, ses facéties cachent sans doute un profond désarroi mais il tient le cap de l’indifférence à l’égard de sa famille.

Le fils aîné Ingemar, lui, est très présent. Il a décidé de prendre sa mère en charge, le temps de sa maladie mais n’a aucune indulgence pour son pleutre de père dont il guette les allées et venues à la cave.

Quant à Martha, la bonne, chargée de l’entretien des chambres et du service en salle quand il y a des clients, elle restera fidèle à ses patrons tant qu’ils seront en mesure de la rétribuer.

Avec "Calme" Lars Norén décrit sans précaution une névrose familiale. Il s’agit d’un concentré de séquences d’une vie de famille ramassée sur une journée alors que le jeune fils parle de repartir, que la mère attend ses résultats d’analyses médicales et que le père n’a plus que trois jours devant lui pour trouver trois mille couronnes, faute de quoi, il devra liquider l’hôtel et repartir à zéro.

A un premier niveau de lecture, la pièce de Lars Norén est d’une grande violence souterraine dans le domaine des rapports humains. Mais à y regarder de plus près, ces êtres évoluent hors du réalisme qu’annoncent le décor et les toutes premières scènes.

Ils parlent, échangent, tentent de creuser chacun ses propres sentiments à l’égard des autres tout en restant, comme s’il y allait de leur honneur, dans une insolence, une dérision, une indifférence, une brutalité parfois qui s’adressent autant aux autres qu’à eux-mêmes.

Ces contradictions contribuent à faire de cette famille au bout du rouleau, une vraie famille tout en la confrontant par des échanges extrêmes, des déclarations d’amour, de haine et de mépris mêlés, à une description décalée.

Le fils manque d’égards envers sa mère mais ne rechigne pas à se blottir contre elle, le cas échéant. La lâcheté d’Ernst se camoufle derrière l’apparence des responsabilités paternelles qu’il voudrait voir rester intactes et la mère, quand elle annonce qu’elle n’a plus que trois mois à vivre, ajoute, dérisoire mais avec un accent de sincérité " Trois mois, c’est mieux qu’un. Je n’aime pas être prise au dépourvu.".

Lars Norén reconnaît que cette pièce écrite en 1984 est un portrait autobiographique. Et à la lumière de cette indication, le texte ressemble à un travail d’analyse qui s’énoncerait directement entre les protagonistes.

Les allées et venues, les élans, les fuites, la façon de faire face ou de se dérober renvoient au fonctionnement d’une famille ordinaire parvenue à la croisée des chemins, à des mises en demeure qui mettraient chacun au pied du mur, la plongeant dans une sorte de réalité dédoublée.

La mise en scène de Jean-Louis Martinelli ne force pas le trait. Elle reste dans la mesure qu’annonce dès le lever de rideau un décor réaliste, impeccable et un peu lisse. Et c’est en laissant aller chaque personnage à ses dérives mesurées, dans sa vigilance à ne jamais mordre sur les limites, qu’il donne à la pièce de Lars Norén, toute sa portée dramatique.

En suivant à la lettre le tracé du texte souvent chargé de paradoxes, il conduit le spectateur au malaise de l’identification possible.

Jean-Pierre Darroussin est parfait avec sa voix traînante et ses gestes hésitants, ses airs de vaincu. Tout comme Christine Millet, en Lena condamnée par la maladie mais revancharde.

Les comédiens qui jouent les fils, l’un dans la mesure, l’autre dans l’exubérance, sont par contre, beaucoup moins convaincants.

La pièce, malgré sa noirceur "ordinaire" ne manque pas d’humour.

Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers 7, avenue Pablo Picasso 92 022 Nanterre

www.nanterre-amandiers.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)