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Un film de Mathias Lucchesi (Argentine)

"Canada Morrison" Sortie en salles le 19 novembre 2014.

Élève d’une école rurale des montagnes d’Argentine, Lila une fillette de douze ans, ressent soudain le désir de faire la lumière sur le secret de sa naissance.

Contre la volonté de sa mère qui ne veut pas voir se réveiller un passé obscur, avec comme seul indice une plaque métallique où sont inscrits quelques éléments, elle décide de partir à la rencontre de son père, avec la complicité d’une enseignante qui a pu mesurer la profonde détermination de la fillette.

"Canada Morisson" , s’il fonctionne sur des codes réalistes, l’école, le contexte familial, le quotidien de la fillette, n’en prend pas moins la forme d’un conte, avec le voyage en automobile, le road-movie dans lequel elle s’engage avec son institutrice.

Peu importe si le voyage échappe à toute vraisemblance puisque le but du film de Mathias Lucchesi n’est pas de centrer son récit sur le duo adulte-enfant, maîtresse-élève mais sur la détermination d’une gamine à lever le voile sur l’absence d’un père dont elle semblait jusque-là s’être accommodée.
Cinéma : "Canada Morrison"
L’instant déclencheur qui ouvre le film est la récupération d’une plaque présente sur une antenne télé mise en place il y a une douzaine d’années par un spécialiste qui a séjourné quelques jours à proximité et qui a pu avoir une relation avec la mère, de laquelle Lila serait née.

Sur cette base narrative mince, se construit un récit qui repose essentiellement sur le personnage d’une gamine qui s’est tracée une ligne à suivre, à laquelle elle ne veut absolument pas déroger.

La volonté avec laquelle elle conduit son projet laisserait supposer qu’elle est guidée par un élan affectif assorti à sa détermination.

Or, ce qui est intéressant dans le déroulement des différents épisodes de sa recherche, c’est que, même si la quête du père n’est jamais remise en question, la démarche va progressivement se charger de sentiments plus modulés. Le jeu d’une curiosité puérile va prendre le pas sur les motivations plus nobles.

Si la recherche du père se solde par un premier échec, la poursuite des investigations à laquelle se raccroche Lila, tient plus au désir de prolonger un jeu qu’à parvenir à un réel aboutissement.

Et lorsque le vrai père "sort du chapeau", l’amusement qu’on lit sur le visage de la gamine, sa satisfaction n’a peut-être d’égal chez elle que la déception de voir le jeu engagé prendre fin.

Le regard que Lila pose sur un père éphémère, sur une paternité sacrifiée par l’érosion du temps est d’une indifférence qui le fait pencher du côté d’une maturité qui apparaît naturelle.

Une page de vie est tournée. Elle n’y reviendra sans doute jamais. Elle aura fait, du haut de ses douze ans, ce qu’il y avait à faire, une action à laquelle, autour d’elle, les adultes s’étaient dérobés.

Un beau film, un peu plus cruel qu’il n’y paraît. Un beau regard sur la trouble innocence de l’enfance.

Francis Dubois

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