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"Caos calmo" Un film d’Antonello Grimaldi (Italie) - sortie en salles le 10 décembre

"Caos calmo" s’ouvre sur une partie de raquettes au bord de la mer entre Pietro et son frère, interrompue par le sauvetage de deux baigneuses imprudentes. Mais la mort évitée de justesse prend sa revanche un moment plus tard quand, rentrant chez lui, Pietro trouve, entourée de sauveteurs, sa propre femme inanimée.
A la mort subite de Lara, Pietro se retrouve seul avec leur fille de 10 ans, Claudia. Un matin, alors qu’il l’a conduite à l’école, il décide, au lieu d’aller travailler, d’attendre l’heure de la sortie, assis sur un banc de l’avenue, face aux fenêtres de la classe. Il en sera de même le lendemain et les jours suivants. L’inaction livre Pietro au plaisir de l’observation et cette soudaine disponibilité l’amène à découvrir un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence, peuplé de passages furtifs, de regards et des silhouettes qui lui deviennent vite familiers au point qu’il va les attendre chaque jour comme des événements qui rythmeront sa vie. Il s’attache aux passages réguliers d’un enfant mongolien ou à ceux d’une jolie jeune femme promenant son chien. Echanges de regards, complicité silencieuse vont occuper ses journées depuis le matin, jusqu’à l’heure de la fin de l’école.
Aux passages sur l’avenue viennent bientôt s’ajouter les visites de sa secrétaire, celles de ses collaborateurs, de ses chefs, de ses parents et amis aux prises avec des préoccupations dont lui s’est maintenant éloigné. Et de tous ceux qui cherchent à comprendre, au delà du deuil, les raisons du drôle de "chaos calme"qui habite désormais un Pietro devenu méconnaissable.

Est-ce la mort de Lara qui lui fait progressivement prendre de la distance vis à vis de ses activités professionnelles ? Est-ce le dérèglement que cette disparition soudaine provoque et qui fausse le mécanisme jusqu’ici huilé de sa vie. Est-ce sa fillette dont il veut tout à coup assumer l’entière responsabilité alors que jusqu’ici elle restait au second plan de ses préoccupations ? Est-ce le regard qu’il porte sur ce qui représente peut-être la vraie vie et qu’une existence trépidante lui avait cachée ?
La force du scénario et de la mise en scène réside dans la façon presque imperceptible dont le glissement se fait par le seul regard de Pietro depuis le banc, ou le siège de sa voiture. Des heures d’immobilité et d’observation l’amènent à considérer ce qui, dans le mouvement, serait passé inaperçu. Alors que tous ceux qui sont restés dans le mouvement de leurs vies veulent à tout prix trouver une raison plausible et rationnelle au comportement de Pietro, celui-ci se laisse porter par la douceur de l’inaction, par la légèreté des choses, par les événements saisis dans leur fugacité. Et c’est dans cette parenthèse, faite d’instants minuscules que Pietro puise les éléments de sa future existence dont le nouveau noyau pourrait être essentiellement composé du père et de la fille.
Nanni Moretti qui a co-écrit le scénario joue Pietro. Il lui prête sa solidité, l’acuité et la sérénité de son regard et ce calme qui réduit le chaos intérieur et qui donne forme et ordre aux sentiments. Un beau film qui nous amène, une fois de plus à constater que le cinéma italien loin d’être mort, est bel et bien en train de reprendre son souffle.
Francis Dubois

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