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Un film de Nathan Nicholovitch (France)

"Casa nostra" Sortie en salles le 10 avril 2013

Hélène, Mathilde et Ben Scappini sont frères et sœurs. Ils ont atteint ou dépassé la trentaine, l’âge de nouveaux questionnements. Ils traversent chacun une période de turbulences prévisibles, problèmes de couple, de boulot, du dernier enfant à faire ou pas, de changement ou de stabilité.

Ils ne se sont non pas perdus de vue mais éloignés et tout à coup, ils ressentent le besoin de resserrer les liens, de faire un voyage ensemble, de quelques jours, au hasard des routes mais qui les conduirait jusqu’à la maison de leur enfance, dans les montagnes.

Pourtant au moment où ils partent, ils savent que leur père n’en a plus pour longtemps à vivre.

"Casa Nostra" est un film sur l’intimité fraternelle. C’est une sorte d’intrusion dans un domaine privé, d’indiscrétion tant chaque instant du récit frémit de toutes les émotions qui sont le brassage de ce qui constitue le capital affectif de cette fratrie, auquel s’ajoute ce qu’il y a d’instinctif dans la façon de reconnaître l’autre, d’anticiper ses réactions, de reconnaître ou de deviner ses pensées, de s’approcher.

Nathan Nicholovitch a choisi de tourner son film en format carré et en noir et blanc Deux éléments qui renforcent non seulement la proximité entre les personnages mais qui amènent le spectateur à en être lui aussi plus proche

Le format carré interdit par exemple de cadrer trois personnages dans le même plan. Or, plutôt que de les dissocier, le type de cadrage qui impose un deuxième ou un troisième plan permet au contraire, dans cette recherche, de sous-tendre le lien qu’il y a entre eux.

Le format carré, tout comme le noir et blanc, donnent au film un côté intemporel qui ferait penser à un album de photos.

Et si l’histoire d’un famille n’était qu’un album de photos ?

" Casa nostra" est un film sur les liens familiaux immédiats étendus aux extensions familiales, aux rapports avec les "pièces rapportées". La famille y est montrée comme un passage affectif obligé ou au contraire comme un libre choix.

On a un père et une mère envers qui on ne peut pas faire l’économie d’un attachement réel. A eux s’ajoutent les personnages liés à des ramifications secondaires.

Pour les trois personnages du film, il y a un choix à faire, une urgence à respecter et l’avantage est donné à la fratrie au détriment des parents et des autres.

Lorsqu’ils apprennent la mort du père, les trois enfants ne changent rien à leurs projets d’aboutir au but de leur voyage. La mère auprès de qui ils s’excusent de leur retard à la rejoindre répond : "l’important, c’est que vous soyez là". Mais on sait qu’avec son époux, la vie n’a pas été une réussite.

Le film qui a resserré les liens entre les frères et sœurs s’achève sur la projection de vieux films de famille dans une remise. Là, le spectateur qui a jusque-là été mêlé à l’intimité des trois personnages est tenu à distance. Il ne verra la projection qu’à travers les visages et les expressions de toute la famille réunie en spectatrice.

Francis Dubois

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