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Un film de Nour-Eddine Lakhmari (Maroc)

"Casanegra" Sortie en salles le 21 octobre

Casanegra est l’autre Casablanca, celle de la débrouille, du système D, des lendemains incertains. Karim et Adil sont deux amis d’enfance. Ils sont passés maîtres dans l’art de la combine souvent foireuse. Ils se heurtent sans cesse à des filouteries plus au point réussies que les leurs… L’un se sert, contre maigre rétribution, d’enfants pour revendre des cigarettes au détail et l’autre doit réunir une somme d’argent pour acheter un visa qui lui permettra d’émigrer à Malmö en Suède, la ville réputée miracle pour les paumés comme lui… Leurs petits trafics s’avérant risqués et peu lucratifs, il vont accepter une mission d’envergure qui devrait les renflouer…
Pour Karim et Adil les enjeux sont différents. Karim est en charge de sa famille et ses petites magouilles servent à survivre en attendant de trouver mieux. Adil, lui, est dans le rêve et son projet de partir repose sur une simple carte postale à partir de quoi il imagine dans un pays de cocagne, la fin de sa galère. Les circonstances économiques font qu’ils n’ont d’autre possibilité que de se livrer à des activités illégales. L’univers dans lequel ils évoluent est trop étroit. Mais leurs rêves s’accommoderaient-ils de plus d’ampleur ? La ville sombre qui est leur périmètre, l’autre Casablanca, ses rues glauques, ses bar obscurs est un piège et la perspective la plus ambitieuse pour les deux jeunes gens est dans une mission proposée par un représentant de la pègre locale.
Si "Casanegra" n’évite pas les maladresses et des facilités de scénario, elle est une fresque sociale vivante qui retient l’intérêt, et certains personnages secondaires vont bien au-delà du convenu et donnent dans une sorte de dépassement de leurs limites, une truculence réjouissante. Nour-Eddine Lakhmari s’autorise certaines manœuvres en roue libre. Il donne soudain à des personnages une liberté inattendue et le ton du film s’emballe. La dernière scène avec les deux jeunes revendeurs de cigarettes en est le plus bel exemple…
A partir d’un sujet pas très nouveau, Lakhmari a construit une histoire saisissante, une histoire à facettes où le pathétique et le cocasse voisinent avec bonheur, où la plus retorse des filouteries et les allures de gros dur n’excluent pas naïveté et fragilité…
"Casanegra" a reçu un très bon accueil auprès du public marocain…
Francis Dubois

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