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Un film de Lionel Steketee, Fabrice Eboué et Thomas Ngijol (France)

"Case départ" Sortie en salles le 6 juillet 2011

Joël et Régis sont deux demi-frères originaires des Antilles. Ils se sont perdus de vue après avoir emprunté des chemins différents. Pour Joël, chômeur chronique, la France, pays raciste, est responsable de ses échecs professionnels. Régis, au contraire, totalement intégré, a tendance à nier ses origines.
Appelés au chevet de leur père mourant, ils font le déplacement jusqu’aux Antilles. Mais au moment où ils recueillent le dernier souffle du patriarche, une grosse déception les attend : ils n’auront pour tout héritage que l’acte d’affranchissement par lequel la liberté a été rendue à leurs ancêtres esclaves, un document qui se transmet de génération en génération.
Déconcerté par le maigre butin qui leur revient, ils détruisent le document sans savoir que leur geste sacrilège a été observé par une vieille parente un peu sorcière qui, pour les punir, leur concocte une épreuve.
Par un tour de magie, elle leur fait remonter le temps.
Parachutés en 1780, ils sont vendus aux marchés aux esclaves et se retrouvent à trimer dans les champs de canne à sucre.

L’ambition de cette comédie était de faire rire et d’être constructive. A partir des personnages contrastés des deux frères qui représentent chacun un pur produit de notre époque, il était question de faire réfléchir sur les sujets qui marquent cette première étape du vingt et unième siècle avec la remontée du Front national, le renvoi au quota dans les équipes de football ou les débats sur l’intégration et l’immigration en France…
En remontant dans le temps, en prenant en compte le chemin parcouru depuis trois cents ans, et en confrontant les deux frères, personnages ancrés dans la société actuelle, aux dures conditions de vie des esclaves, il y avait sans aucun doute matière à réaliser une comédie dont l’objectif pouvait être aussi de renvoyer au devoir de mémoire.
L’idée de départ n’était pas mauvaise et il n’est pas certain que les réalisateurs du film n’y soient pas en partie parvenus. Mais associer les règles de la comédie populaire au message social nécessitait plus de doigté que ce dont ils ont fait preuve au cours de dérapages regrettables. Il n’est pas sûr que la grosse charge et les débordements de situations soient les meilleurs ingrédients pour faire une comédie quand on la veut aussi porteuse d’un message. Le racisme ordinaire qui sévissait à l’époque, les différences de culture et de peau à propos desquelles on ne se posait vraisemblablement aucune question, méritaient un peu plus de subtilité. La famille de planteurs trop caricaturale n’est ni propice au rire ni favorable à la réflexion même si le personnage du père bénéficie d’un traitement plus nuancé.
Pour un film qui se veut anti-raciste, "Case départ" manque parfois de limpidité mais le sujet qu’il véhicule peut servir d’amorce à un travail sur l’esclavage, sur le chemin parcouru depuis trois cents ans et sur ce qui subsiste, malgré les avancées, de réflexes racistes en ce début de vingt et unième siècle.
Francis Dubois

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