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Un film de Nadège Trebal

"Casse" Sortie en salles le 1er octobre 2014.

Pour son précédent film " Bleu Pétrole" , Nadège Trebal avait planté sa caméra dans une raffinerie située sur l’estuaire de la Loire, autour du local syndical. Le personnage central du documentaire était le secrétaire CGT de la raffinerie Total.

Pour son second long métrage, elle a choisi de hanter, munie d’une caméra sur pied, un lieu qu’elle avait découvert au cours de repérages, la casse d’Athis-Mons, un immense parking de voitures hors d’usage où des mécaniciens professionnels ou occasionnels sont à la recherche de pièces détachées récupérables.

Une casse est un lieu désolé, le dernier stade de la société de consommation, une sorte d’instantané de la désindustrialisation.

Ici les hommes toujours en mouvement démontent ce que d’autres ont assemblé autrefois à la chaîne.

Si, on le sent bien, à sa façon de filmer, la cinéaste est fascinée par le lieu, elle l’est encore plus par les hommes qui y déambulent.

Il est évident que ceux qui font la démarche d’aller jusqu’à une casse pour trouver la pièce à changer sur leur véhicule, ceux qui travaillent pour des garages, qui font le commerce des pièces détachées d’occasion ou qui en font des expéditions vers l’Afrique, n’appartiennent pas aux classes privilégiées de notre société.

Cinéma "Casse"

En approchant ces hommes, Nadège Trebal est passée d’un documentaire sur un lieu singulier à un portrait multiplié de ceux qui le fréquentent.

C’est le hasard des rencontres qui a décidé du casting.

Ceux qui passent des heures à récupérer des pièces détachées sous les carcasses de tôle ont parfois trouvé le temps de répondre à la cinéaste et parfois même de se raconter, de se laisser aller, pour des immigrés, de raconter l’histoire de leur arrivée en France.

Mais, pour autant, le film n’est pas sur l’immigration, ni un film sur la misère et à chaque fois qu’une séquence narrative s’est imposée, Nadège Trebal en revient au lieu, à ces hommes concentrés sur le démontage de pièces qu’ils extraient du ventre d’un moteur ou d’un pare-brise qui parfois se casse dans la dernière phase de l’extraction.

Ils sont ouvriers et ont demandé une journée à leur patron pour venir dénicher dans l’urgence une pièce à changer sur leur véhicule ; ils travaillent pour des garages et sélectionnent les pièces les plus recherchées ; ils ont besoin d’un pare-brise mais sont des novices de la récupération et lancent une demande à l’aide alentour.

Ils ont allongés sous le véhicule et travaillent en orfèvres pour récupérer la pièce intacte, ils apparaissent, disparaissent, imposent le hors-champ à la cinéaste.

Et puis il y a la bonne humeur, le grand père qui parle de sa petite fille qui remplit sa vie, les lendemains incertains, le présent qui est ce qu’il est, qu’on prend comme il vient…

Nadège Trébal laisse venir à l’image, la mélancolie, les rires, les constats amers dans ce lieu où l’on vide le ventre de véhicules qui auraient eux aussi, peut-être des histoires à raconter…

Francis Dubois

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